Julien, 48 ans, marié, deux enfants, journaliste « Je lui ai dit “je t’aime” alors que je ne l’avais encore jamais vue ! Je n’en reviens toujours pas. Mon histoire a démarré en 2001 sur l’un des premiers sites de rencontres. Nous nous parlions comme de coeur à coeur, d’âme à âme. Je n’étais jamais allé aussi loin dans l’engagement, la sincérité, le dépouillement face à quelqu’un. Qui peut résister à cela ? Des nuits entières, par écrans interposés, nous avons échafaudé notre histoire : acheter une maison, avoir un enfant, marier nos amis… Et nous aimer, encore et encore. Mais, dès les premiers jours de la vie à deux, j’ai senti que tout était fini. L’amour est retombé comme un soufflé. Pourtant, j’ai poursuivi la belle histoire : les familles qui s’apprécient, la maison, le bébé… Comment prendre la responsabilité de détruire, de faire du mal autour de moi ? Je me suis oublié. J’ai mis six ans à prendre la décision de partir, après ce qui a été un cauchemar. Nos échanges numérico-épistolaires – tchats et e-mails – étaient le fondement de notre relation… Nous nous sommes retrouvés dans cette situation pathétique d’essayer de renouer, chacun sur notre ordinateur, chacun à un bout de la maison, nos conversations virtuelles. Mais nous n’avons jamais réussi à retrouver notre complicité d’avant. Il fallait bien admettre que, dans la réalité, nous n’étions rien l’un pour l’autre. »
Dans ce témoignage, je trouve intéressant le contraste entre la profondeur des échanges décrits et la difficulté à retrouver cette connexion dans la réalité. Ca me fait me demander si l’on peut parfois tomber amoureux autant (voire plus) d’une relation imaginée et de ce qu’elle représente que de la personne elle-même.