L'article est passionnant et traite d'un sujet classique dans les sciences du langage, philosophie de la connaissance et intelligence artificielle. Sujet classique mais toujours pertinent et au coeur des interrogations contemporaines.
L'auteur verra que je ne suis pas d'accord du tout avec son approche malgré tout l'intérêt que j'ai pris à le lire. En effet, sont mobilisées dans l'article des hypothèses sur la langue, les langues, qui ne sont pas suffisamment explicitées pour permettre de mieux situer la proposition d'IEML.
Le principal point de discussion est la nature de langue philologique revendiquée pour IEML, au sens où une langue philologique permet de tout dire. IEML est un système de codage fondé sur des primitives combinées et décorées par des liens supplémentaires. Que le potentiel de description soit infini est clair, qu'il soit celui d'une langue naturelle l'est moins. Une langue naturelle peut tout dire car elle n'a pas de primitives, qu'elle est sensible au contexte, qu'elle est son propre méta-langage (cf. Rastier "sémantique interprétative" PUF, et "Sémantique et recherches cognitives" PUF).
IEML n'est pas ainsi une alternative aux méthodes formelles souvent critiquées dans l'article mais une variante. Mais c'est ce qui fait son intérêt : sa capacité expressive permet de capter nombre de domaines de spécialité, dont la sémantique est normalisée donc formalisables et modélisables. La question qui se poserait alors serait le ratio expressivité / complexité car IEML est difficile à utiliser. Comme nombre de modésliation, elle rejoint la catégorie des langues dont le spécialiste est le seul locuteur.
Il serait intéressant également que l'auteur considère les autres tentatives de formalisation de la langue naturelle, par exemple la sémantique de Montague. C'est le lambda calcul typé qui est dans ce cas l'outil de référence, et il apporte précisément ce que revendique IEML : grammaticalité, primitive, combinatoire.
Enfin, une discussion devrait être ouverte sur la question de ce qu'est un concept, qui flotte dans l'article entre un mot du langage IEML, une notion, un signifié. L'usage en sémantique linguistique est de considéré que le concept est un signifié normé. Ce point de vue n'est pas discuté ou abordé dans l'article : on a l'impression que le mot de la langue est brutalement rabattu sur le mot en IEML pour en faire un concept. Brutal car la correspondance s'effectue sur un arbitraire de codage, choix des mots de IEML qu'on fait correspond à des mots de langue. Choix que l'on comprend, mais qu'on ne saurait refaire à l'identique, le codage reflétant l'arbitraire du codeur et non la norme sémantique adoptée.
C'est ce qui rend IEML difficile à aborder, le fait que le code produit semble résulter d'un arbitraire propre au codeur. On pourrait certes tout coder, mais toujours de façon différente. Ce qui irait à l'encontre de l'objectif d'interopérabilité revendiqué (sans doute à tort si notre sentiment est exact) et mais à raison (besoin pratique des bases de connaissances).
Au final, je soutiens la publication de l'article qui présente un point de vue qui, pour n'être pas le mien, est intéressant et apporte une contribution aux débats en cours. Il faut cependant des révisions pour situer les arguments linguistiques utilisés qui restent trop implicites ou trop détachés des traditions linguistiques et sémantiques (très peu de linguistes sont cités contrairement aux logiciens par exemple).