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  1. May 2023
    1. L'article est passionnant et traite d'un sujet classique dans les sciences du langage, philosophie de la connaissance et intelligence artificielle. Sujet classique mais toujours pertinent et au coeur des interrogations contemporaines.

      L'auteur verra que je ne suis pas d'accord du tout avec son approche malgré tout l'intérêt que j'ai pris à le lire. En effet, sont mobilisées dans l'article des hypothèses sur la langue, les langues, qui ne sont pas suffisamment explicitées pour permettre de mieux situer la proposition d'IEML.

      Le principal point de discussion est la nature de langue philologique revendiquée pour IEML, au sens où une langue philologique permet de tout dire. IEML est un système de codage fondé sur des primitives combinées et décorées par des liens supplémentaires. Que le potentiel de description soit infini est clair, qu'il soit celui d'une langue naturelle l'est moins. Une langue naturelle peut tout dire car elle n'a pas de primitives, qu'elle est sensible au contexte, qu'elle est son propre méta-langage (cf. Rastier "sémantique interprétative" PUF, et "Sémantique et recherches cognitives" PUF).

      IEML n'est pas ainsi une alternative aux méthodes formelles souvent critiquées dans l'article mais une variante. Mais c'est ce qui fait son intérêt : sa capacité expressive permet de capter nombre de domaines de spécialité, dont la sémantique est normalisée donc formalisables et modélisables. La question qui se poserait alors serait le ratio expressivité / complexité car IEML est difficile à utiliser. Comme nombre de modésliation, elle rejoint la catégorie des langues dont le spécialiste est le seul locuteur.

      Il serait intéressant également que l'auteur considère les autres tentatives de formalisation de la langue naturelle, par exemple la sémantique de Montague. C'est le lambda calcul typé qui est dans ce cas l'outil de référence, et il apporte précisément ce que revendique IEML : grammaticalité, primitive, combinatoire.

      Enfin, une discussion devrait être ouverte sur la question de ce qu'est un concept, qui flotte dans l'article entre un mot du langage IEML, une notion, un signifié. L'usage en sémantique linguistique est de considéré que le concept est un signifié normé. Ce point de vue n'est pas discuté ou abordé dans l'article : on a l'impression que le mot de la langue est brutalement rabattu sur le mot en IEML pour en faire un concept. Brutal car la correspondance s'effectue sur un arbitraire de codage, choix des mots de IEML qu'on fait correspond à des mots de langue. Choix que l'on comprend, mais qu'on ne saurait refaire à l'identique, le codage reflétant l'arbitraire du codeur et non la norme sémantique adoptée.

      C'est ce qui rend IEML difficile à aborder, le fait que le code produit semble résulter d'un arbitraire propre au codeur. On pourrait certes tout coder, mais toujours de façon différente. Ce qui irait à l'encontre de l'objectif d'interopérabilité revendiqué (sans doute à tort si notre sentiment est exact) et mais à raison (besoin pratique des bases de connaissances).

      Au final, je soutiens la publication de l'article qui présente un point de vue qui, pour n'être pas le mien, est intéressant et apporte une contribution aux débats en cours. Il faut cependant des révisions pour situer les arguments linguistiques utilisés qui restent trop implicites ou trop détachés des traditions linguistiques et sémantiques (très peu de linguistes sont cités contrairement aux logiciens par exemple).

    2. Les lettres invariantes e. à la seconde place et i. à la quatrième place servent à identifier le paradigme des couleurs. Les variables U: et A: représentent le blanc et le noir tandis que les variables S: B: et T: représentent les trois couleurs primaires bleu, jaune et rouge. Les nuances principales se trouvent en substance et les nuances secondaires en attribut.

      On obtient une belle systématicité, qui fonctionne bien sur le langage ainsi créé, mais l'affectation à des signifiés reste arbitraire : il s'agit plus d'un code algébrique, codant donc un matériau sémantique, sans pour autant justifier que ce codage reflète la structure primitive du sens, ou une représentation complète sur une base de primitives données.

    3. On aurait pu choisir d’autres primitives et arriver à d’autres concepts comme résultats des premières multiplications, comme d’ailleurs des suivantes.

      Dans le fait que ce soit véritablement des primitives, il faudrait justifier qu'elles sont indépendantes les unes des autres et que leur combinatoire permette de décrire complètement ce qu'il faut signifier.

    4. Aussi bien les signifiants que les signifiés d’une langue sont organisés par des systèmes de différences, de symétries et d’oppositions. Puisque les langues sont conventionnelles, rien n’interdit de construire une langue philologique dont les structures syntagmatiques et paradigmatiques soient codées par un arrangement régulier des signifiants. Le système de différence des signifiants d’une langue à la sémantique calculable doit refléter la structure de son système de différences des signifiés. En suivant cette méthode, on n’obtient pas une phonétique des mots (ou des phrases) qui ressemble à leur sens – comme dans le Cratyle de Platon ou d’autres utopies linguistiques – mais plutôt des relations entre les sons qui entretiennent une analogie avec les relations entre les sens.

      C'est effectivement l'enjeu et l'objectif des modélisations du sens : la combinatoire du formel doit refléter celle du sémantique. On aurait ainsi un langage transparent, donnant accès directement au sémantique par la syntaxe. D'où l'enjeu de contrôler le sens par la syntaxe. Mais rien ne dit que cela soit possible en général, et non seulement dans des cas particuliers.

    5. Pour dépasser cette limite, je me suis proposé de construire une langue qui soit simultanément (1) philologique, (2) régulière et (3) dont les structures paradigmatiques seraient automatiquement décodables ; en somme, une langue à la sémantique calculable.

      La question serait de savoir si c'est possible : une langue régulière peut-elle être philologique ?

    6. Le sens linguistique est différentiel

      C'est en effet une caractérisation partagée par nombres d'approches linguistiques, notamment et principalement Sausurrienne, mais aussi structrale si on prend l'épreuve de commutation comme une facette du différentiel. Mais dire cela met en question l'introduction où le sens était rabattu sur des concepts, c'est-à-dire autres choses que des différences.

    7. Le signifié du son « arbre » est régi par la langue française et n’est pas laissé au choix de l’interprétant.

      ce n'est pas aussi net : le signifié est toujours déterminé en contexte par le jeu avec les autres termes. Ce qui permet de comprendre le bon signifié de arbre dans arbre à came, arbre de cocagne, arbre de Noël, arbre mort.

    8. uelle le rôle grammatical de chaque mot est déterminé, j’infère la

      on parlait plus haut de graphes de concepts. Scène et modèle mental sont des notions assez différentes (cf modèles mentaux de Johnson-Laird par exemple).

    9. langue mathématique

      on parle plutôt de langage mathématique : langues et langages ne sont pas des synonymes. Le langage est la faculté, les langages sont les systèmes de notation artificiels pour coder un contenu (langages de programmation, de logique, mathématiques, etc.). L'auteur récupère cette distintion avec la notion de langue philologique. Cette notion reste cependant trop floue, le fait de tout dire reposant en fait sur le fait que la langue est sa propre méta-langue, contrairement aux langues dits spécialisés qui sont donc des langages et non des langues. Les langues spécialisés sont en fait les langues propres à une communauté, de pratiques ou professionnelle. Ce sont donc des langues qui spécialisent la langue générale tout en restant des langues (philologiques), dont le langage et le métalangage sont confondus.

    10. Mais il faut aussi connaître le sens des mots et savoir, par exemple, que végétarien se distingue de carné, de flexitarien et de végétalien, ce qui implique de sortir de la phrase pour situer ses composantes dans des systèmes de taxonomie et d’oppositions sémantiques, ceux de la langue comme ceux de divers domaines pratiques.

      C'est une autre approche de la sémantique ici, plus saussurienne, à savoir qu'un terme ne vaut que par les substituts qu'on aurait pu mettre à sa place. Ainsi, végétarien s'oppose à carnivore de manière traditionnelle. Mais le sens de végétarien change quand les termes de végétalien et flexitarien apparaissent. On a donc une vision dynamique du paradigme et donc du sens d'une part, et le fait que le sens n'est plus alors un renvoi à des concepts, mais à un système de différences.

    11. L’arbre syntagmatique représente le réseau sémantique interne d’une phrase, l’axe paradigmatique représente son réseau sémantique externe

      En quoi est-ce sémantique ? Les § précédents ont sous entendus que le sens consistait en concepts. Pour quoi des mots sonores ou écrits sont-ils du sens ?

    12. Comment les langues fonctionnent-t-elles ? Mettons de côté pour le moment les obstacles de l’ambiguïté et des malentendus pour schématiser le processus principal. Du côté de la réception, nous entendons une séquence de sons que nous traduisons en un réseau de concepts, conférant ainsi son sens à une expression linguistique. Du côté de l’émission, à partir d’un réseau de concepts que nous avons à l’esprit - un sens à transmettre - nous générons une séquence de sons. Le langage fonctionne comme une interface entre des séquences de sons et des réseaux de concepts. Les chaînes sonores peuvent être remplacées par des séquences d’idéogrammes, de lettres, ou de gestes comme dans le cas de la langue des signes. L’interfaçage quasi-automatique entre une séquence d’images sensibles (sonores, visuelles, tactiles), et un graphe de concepts abstraits (catégories générales) reste constant parmi toutes les langues et systèmes d’écriture.

      Ce parapgraphe est important mais il présente comme des hypothèses évidentes ce qui est en fait très discutables et discutées par les approches des langues (réalités empiriques constituées d'énoncés effectifs) et du langage (comme faculté de l'esprit ou universel de la langue). En effet, on suppose qu'il y a quelque chose comme un langage de la pensée, fait de concepts mis en graphes, et que ce dernier est le sens de ce qui est manifesté (sons, signes écrits, etc.). Les traditions interprétatives, énactives, phénoménologiques récusent cette approche. Enfin, langues et écritures ne sont pas à mettre sur le même plan, ce qui est implicitement sous entendu aussi (on peut trouver chez Ockham une telle approche, mais il n'est pas cité). Bref, l'approche proposée devrait être discutée comme telle et non avancée comme un préalable évident dans l'introduction.