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  1. May 2022
    1. ne table de tir comportant deuxvariables exigeait de calculer de 2 000 à 4 000 trajectoires possibles(Breton, 1990). Aussi, tout ce qui pouvait augmenter la vitesse deproduction des tables, plus précisément l’autonomisation descalculs, intéressait au plus haut point l’armée américaine qui, parailleurs, avait participé au financement de l’analyseur différentiel deBush en 1935.

      Autre exemple de l'impératif stratégique à la numérisation du calcul. Tout comme pour le déchiffrement d'Enigma, l'estimation des probabilités des trajectoires de tir devient primordiale. Ce genre d'efforts guide autant le développement technologique sur les plans pratiques que théoriques.

    2. Au cours des années 1930, l’usage des machines à calculer serépand dans les milieux scientifiques, plus particulièrement parmiles astronomes1

      Pensez à nouveau au mécanisme d'Anticythère!

    3. près avoir reçu en 1889 un brevet (Archives IBM)pour son tabulateur électrique (Electronic Tabulating Machine),Herman Hollerith met son appareil au service du recensementaméricain de 1890.

      Une des plus importantes utilisations des précurseur des ordinateurs du 19ème siècle: le recensement. La documentation et la connaissance d'une population est essentielle à son contrôle (et entre dans le paradigme du code donné par Kittler).

    4. La validité de ces axiomes relève certes de l’intuition,du lien spontané avec la bonté divine immanente, mais une foisqu’elle est admise, tout l’édifice mathématico-technique fonctionnedans un univers qui se présente comme un système rationnel fermésur lui-même.

      Ici nous avons (une fois de plus) un lien très fort opéré entre le divin et les ordinateurs.

    5. Conçue afin d’automatiser lacréation des tables de calcul et, surtout, d’éliminer les erreurs hu-maines qui immanquablement s’y glissaient, la machine ne fut pour-tant jamais achevée, bien que Babbage y consacrât sa vie.

      Babbage nous rappelle le rapport entre le caractère fragile et faillible du calcul humain et la nécessité d'y suppléer avec la mécanisation de la pensée.

    1. L'Internet est la troisième. Il constitue une nouvelle transcription de tout ce qui se fait dans l'échange: questions de grandeurs, questions de valeur, engagement du sujet dans sa parole écrite, autorité, énoncé de vérité, plaisirs, peurs, masques et dévoilements, échange pour l'échange. Il reprend et condense les inventions, les acquis et les développements des écritures antérieures, les propulse ailleurs, donnant une solution technique aux contraintes qui sont celles de l'échange: la limitation de la parole et de la langue, de l'espace et du temps, l'inconstante variété du désir et sa fécondité.

      Raison pour laquelle nous parlons aussi de « culture » numérique dans notre programme.

    2. Je propose donc de penser que l'écriture réticulaire constitue une héritière de l'écriture monétaire arithmétique et que l'Internet renoue avec la question de la valeur, forgeant les conditions d'une nouvelle façon de penser et de matérialiser la valeur, peut-être même d'un nouveau vecteur de la valeur, d'une nouvelle forme monétaire.

      Chaque fois que des « virtualisations » ont lieu, un bouleversement des rapports de valeurs a aussi lieu.

    3. L'Internet traite sur un même plan, par des bits, les signes d'écriture des langues, les chiffres, les images et encore les sons, les calculs, etc. L'Internet renoue avec l'invention d'une écriture, rassemblant les écritures des langues et celles des nombres.

      Nous verrons plus tard que cette relation se complique grandement.

    4. L'Internet prend son essor, lentement, lorsque le fondement matériel inaltérable des monnaies disparaît, qui ne sont plus que des chiffres (billets, chèques, cartes bancaires), de simples signes d'écriture.

      Encore un processus de « virtualisation », où la relation entre une entité physique (monnaie) est divorcée de ce à quoi elle fait référence (une quantité d'argent). De même, la relation entre entités physiques (lettres, images, etc.) et les nombres binaires (0 et 1) qui permettent de les reproduire hors de considération de leur supports précédents (papier, livres, etc.).

    5. Mais l'étape suivante de l'écriture monétaire arithmétique est constituée par l'imposition du système décimal pour toutes les mesures; le système décimal, que G. Ifrah appelle "alphabet arithmétique",[9] dépend de la base 10, de sa graphie avec 10 symboles et quelques règles (la position, la virgule ou le point des fractions, les puissances, etc.).

      Formalisation qui va permettre la numérisation non seulement du langage parlé et écrit, mais aussi d'un grand nombre de « signes » différents: sons, couleurs, images, etc.

    6. Il convient de commencer assez haut dans l'histoire, lors de l'invention de l'écriture à Sumer en Iraq et à Suse en Iran, vers -3200. Là, les Hommes matérialisèrent leurs échanges en fabriquant des documents comptables d'une forme très inattendue: une boule d'argile creuse, appelée bulle-enveloppe, dans laquelle on enfermait des calculi, petits objets d'argile de formes diverses (cônes, bâtonnets, disques, billes, vases) et sur la surface de quoi était imprimé un sceau, signalant la présence d'une autorité, religieuse, politique, administrative - les faits sociaux réels nous restent inconnus, à date si haute. Ce document attestait probablement de l'expédition, la livraison ou la réception de denrées et de la quantité concrète de ces denrées, car les calculi matérialisaient des nombres et des quantités spécifiques. S'il y avait contestation entre les parties, il était possible de casser la bulle-enveloppe et de comparer les quantités de denrées reçues à celles qui étaient promises. Il vint à l'idée des utilisateurs de ces documents de représenter les calculi, leur forme et leur nombre, sur la surface de la bulle-enveloppe, à côté de l'empreinte du sceau. Ce furent là les premiers signes que l'on peut dire écrits: des chiffres pour des quantités. Désormais, casser la bulle et donc détruire le document n'avait plus de sens. Et l'on passa à la troisième étape: produire des tablettes en argile, pleines et offrant leurs surfaces aux signes, comme la Mésopotamie antique allait en produire par milliers, y écrire les chiffres pour les quantités et, avec d'autres signes, représenter la nature des denrées et les noms propres des acteurs de la transaction. L'écriture mésopotamienne sortit de ces usages économiques et comptables, en commençant par la matérialisation de nombres.

      Première forme de « virtualisation » des quantités: la séparation entre leur forme « physique » et leur représentation sous forme de nombres.

  2. Jan 2022
    1. c’est aussi l’esprit d’Internet,

      Mbembe va faire une analogie à partir d'Internet. Mais il ne parle pas strictement du numérique et de sa relation avec l'Afrique.