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  1. Jan 2025
    1. (Chklovski 2008)

      Première lecture - Peut-être que je chipote ici, mais il me semble qu'il conviendrait de préférer la traduction par Todorov du texte de Chklovsky (celle paru dans Théorie de la littérature. Textes des formalistes russes, Le Seuil, 1965) : c'est à cette traduction que Wittig a eu accès, comme nombre d'entre nous (je pense par ex. à Ginzburg, dans À Distance, paru chez Gallimard en 2001, dont le premier chapitre porte justement sur l'efficace du procédé d'estrangement) (la traduction par Gayraud chez Allia est bien moins répandue, et présente un établissement du texte différent de celui du recueil de Todorov).

      Deuxième lecture - ma suggestion de lire l'article de Ginzburg, je la maintiens : Ginzburg fait aussi des rapprochements fructueux avec Foucault - comme tu le fais ensuite.

    2. Victor Chklovski et de son actualisation par l’écrivaine expérimentale et militante féministe Monique Wittig, j’aborderai d’un point de vue critique deux textes contemporains associés au genre de l’autothéorie, Pourquoi je n’écris pas de Benoit Jodoin et Entre les murs, des voix de Gabrielle Giasson-Dulude

      Peut-être rappeler, pour chaque oeuvre, les dates initiales de parution

      Deuxième lecture - une suggestion de lecture (mais pour un tout autre article) : les écrits de Bernard Noël sur la "sensure" (ce qui oblitère la "réalité", ce n'est pas la pauvreté des mots, mais à l'inverse l'hégémonique du sens tel qu'on en hérite) : cela me semble aller vraiment dans ton sens, à partir d'une autre position théorique.

    3. On n’est jamais suffisamment proche du monde qui exige notre participation inconditionnelle. On voudrait revenir à « l’essentiel », au « concret », à « l’immédiat », et ce faisant, on

      Deuxième lecture - peut-être que des formules comme "Selon Hope" ou "Selon Snauwert et Rabaté" permettrait de mieux identifier qui parle ici / qui est ce "on". Ma suggestion est de ne pas renoncer au "on" : il a une force polémique et une richesse dialogique ; mais en l'état du texte, il ne permet pas bien d'identifier les positions des un.es et la tienne propre.

    4. qu’elle revienne à un référent clairement identifiable.

      Première lecture - Je lis autrement la citation de Hope : il me semble qu'il évoque notre moment historique où "le référent" est supposément "clairement identifiable" (c'est ce que socialement, médiatiquement on nous dit : TINA). Dans ce moment idéologique-là, on attendrait de la littérature qu'elle fasse retour au réel, qu'elle "renonce au réel". Mais j'en conclue que Hope défend précisément l'inverse : (i) le référent n'est jamais clairement identifiable, (ii) la littérature n'a pas à renoncer à la fiction. Bref, je lis de manière ironique la citation de Hope : peut-être que je me trompe, et que ma lecture est faussée par la manière dont la citation est donnée (élargir la citation ? préciser le contexte ?)

      Deuxième lecture - mon embarras quant à ce que dit Hope perdure : ironique ? pas ironique ? A mon sens, cet embarras est l'indice qu'il y a un problème dans le découpage de la citation et/ou dans la reformulation que tu en proposes.

    5. la littérature prétend elle-même au domaine de la clarté et proclame que le temps est venu pour elle de prendre ses responsabilités

      Première lecture - je ne vois pas bien à quoi il est ici fait allusion

      Deuxième lecture - OK, maintenant je comprends que tu fais allusion aux textes de Jodoin et Chiasson-Dulude. Peut-être que tu peux d'emblée le dire ici, en précisant que leur discours n'est qu'un parmi nombre d'autres qui soutiennent des positions semblables. C'est donc moins "la littérature" que "une certaine littérature" que tu questionnes ici.

    6. La scène intellectuelle qu’elles donnent à voir, bien d’autres époques l’ont vu jouée et rejouée, et on la rejoue encore aujourd’hui, en cette époque de crises multiples où l’urgence de la situation et l’immensité du danger conduisent l’intelligence à prendre position et à dinstiguer, pour le désunir, ce qui fait vivre de ce qui fait mourir. Et aujourd’hui encore, on est persuadé à l’avance que c’est la clarté qui fait vivre, que les choses qui restent obscures — les choses inexplicables, ou qui refusent de s’expliquer — nous détournent du nécessaire et légitime effort pour freiner la dévastation produite à un train d’enfer par la nécropolitique de l’époque

      Première lecture (où je note au fur et à mesure que je découvre le texte) - Je suis très convaincu par ce rapprochement (ce sentiment d'impuissance face au pire, et le recours confiant à l'Esprit pour faire le départ entre les passions joyeuses et les passions tristes). Mais ne pourrait-on considérer les choses à front renversé ? ie. que notre situation présente ne nous place pas face à l'inexplicable, mais plutôt à du trop aisément explicable : la rationalité froide de la maximisation des profits et de l'exploitation du vivant, la foi aveugle dans l'agir raisonnable de l'homo oeconomicus, l'accès à tout type d'informations en continu (fussent-elles fausses). Peut-être qu'envisagée ainsi, outre la similarité entre les deux moments historiques, les diférences entre jadis et aujourd'hui, permettraient de mieux circonscrire là où effectivement la littérature opère, dans l'opération d'estrangement qui donne à voir autrement ce qui prétend se donner en toute transparence et inéluctabilité ?

      Deuxième lecture (après lecture complète de l'article) - Je comprends maintenant que Louis-Thomas, tu prends tes distances avec ce discours (in fine, on tombe d'accord sur mon interprétation "à front renversé" telle que je l'ai formulée plus haut). J'en conclus que, peut-être, il faut que tu reformules un peu ce paragraphe initial, pour faire mieux entendre cette distance. Voici les reformulations que je te propose : "on la rejoue encore > on semble la rejouer encore", "on est persuadé > on paraît être persuadé".

    7. détourne

      détournerait ? Il me semble qu'au terme de la démonstration, il est important de marquer, par le recours au conditionnel, toute la distance requise par rapport à ce discours sur le "rejet de l'impersonnel"

    8. Entre les murs, des voix

      Question peut-être naïve : pour un lectorat francophone de France, le titre fait signe vers le livre de François Bégaudeau, Entre les murs (2006, Ed. Verticales), qui a eu un grand succès critique et public. Est-ce qu'il y a un lien avec l'ouvrage de Chiasson Dulude ? (le rapprochement me paraît non fortuit, Bégaudeau faisant aussi le choix d'une "écriture du réel" pour le dire vite)

    9. Les choses et les êtres nous apparaissent d’abord dans leur étrangeté irréductible, et c’est seulement ensuite qu’on apprend à les reconnaître de façon automatique par un seul de leurs traits. La vision vient avant l’identification de ce qui est déjà connu, la vie en train de se faire avant la vie toute faite, « qui passe devant nous comme empaquetée ».

      Remarquable : cela rejoint ce que Claude Simon dit de L'Opoponax, pour réfuter la lecture "temps modernes" du roman de 1964. L'article de Simon est consultable ici : https://etudeswittig.hypotheses.org/392

    10. nvers les irresponsables qui continuent de rêvasser alors que l’impérieuse nécessité se fait sentir dans chaque nouvelle catastrophe qui se présente à nos yeux blasés par le train d’enfer auquel elles s’accumulent dorénavant.

      Peut-être que la phrase est ici trop longue (la force de la charge polémique y perd un peu son énergie)

    11. confisque aux mots leur puissance, leur potentialités

      Toute la lecture faite de l'interprétation de Chklovski par Wittig est remarquable : il y a vraiment une plus-value à en passer par Wittig pour saisir ce que la thèse chklovkienne a d'actualité et de pertinence pour saisir ce qui est en jeu dans notre moment présent. Super !

    12. l’Esprit (on n’a jamais su ce que représentait au juste ce terme) ne plus supporter les choses indifférentes

      Est-ce qu'il ne manque pas ici un verbe ?