Document de Synthèse : Analyse du Conseil National de la Protection de l'Enfance (CNPE) sur le Projet de Loi de Protection des Enfants
Résumé Exécutif
Ce document détaille la position du Conseil National de la Protection de l'Enfance (CNPE) concernant le projet de loi (PJL) relatif à la protection des enfants.
Malgré une adhésion à la doctrine de protection actuelle, la présidente du CNPE exprime un avis très réservé sur le texte proposé.
Le constat central est celui d'une crise inédite du secteur, marquée par une saturation des dispositifs d'accueil, un effondrement des ressources financières des collectivités et une pénurie de ressources humaines.
Le CNPE soutient que le projet de loi actuel échoue à répondre à cette crise institutionnelle et risque même de provoquer un recul en ne sécurisant pas les moyens nécessaires à l'application des réformes précédentes (2007, 2016, 2022).
Le Conseil appelle à une loi cadre pluriannuelle et transpartisane pour garantir la lisibilité du droit et la pérennité du financement de la protection de l'enfance.
1. État des Lieux Institutionnel du CNPE
Une observation préliminaire critique concerne la situation actuelle du CNPE lui-même :
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Fin des mandats : Les mandats des membres et de la présidence ont expiré début juin, sans disposition prévoyant la poursuite de l'activité.
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Suspension des travaux : Depuis la plénière du 5 juin, les travaux sont suspendus, ce qui empêche le Conseil de se réunir et de travailler correctement au moment précis où le Parlement débat d'un texte législatif majeur.
2. Une Crise Sectorelle Inédite et Multidimensionnelle
Le CNPE a alerté dès 2023 sur une situation de tension extrême, qualifiée de "crise inédite" car elle cumule trois facteurs :
| Dimension de la crise | Caractéristiques | | --- | --- | | Activité | Saturation des dispositifs d'accueil et non-exécution des mesures de protection. | | Ressources Humaines | Crise profonde des métiers du soin et de l'accompagnement. | | Finances | Effondrement des droits de mutation (ressources des collectivités) couplé à une hausse des dépenses. |
La présidente souligne que si les départements ont absorbé le choc durant la crise sanitaire, ils n'ont plus les capacités financières pour compenser l'augmentation de l'activité et l'évolution des profils des enfants accueillis.
3. Analyse Critique du Projet de Loi (PJL)
L'Écart entre Intention et Réalité
Le CNPE ne conteste pas la doctrine portée par le texte (centralité des besoins de l'enfant, stabilité des parcours, non-séparation des fratries), mais rappelle que ces principes figurent déjà dans les lois de 2007, 2016 et 2022.
Le problème n'est plus de "dire la loi", mais de se donner les moyens de l'appliquer.
Risques Liés à l'Accueil Durable par des Bénévoles
Le projet de loi encourage le recours aux tiers bénévoles et aux tiers dignes de confiance (TDC).
Le CNPE distingue deux motivations :
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Bonnes raisons : Les connaissances sur le développement de l'enfant et la nécessité de lui offrir un environnement social au-delà des seuls professionnels.
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Mauvaises raisons : Utiliser le bénévolat comme une solution de substitution par manque de professionnels ou par économie budgétaire.
Cela constituerait une erreur grave mettant en péril les avancées de la protection de l'enfance.
4. Complexité Juridique et Besoins de Clarification
Le cadre légal actuel est jugé "peu lisible" en raison d'ajustements successifs.
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Insécurité juridique : Des divergences d'interprétation subsistent sur des points cruciaux, comme la responsabilité du suivi des enfants confiés à des tiers dignes de confiance.
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Incohérence entre les codes : Il existe une distorsion sémantique et procédurale entre le Code civil, le Code pénal et le Code de l'action sociale et des familles (CASF).
Par exemple, les dispositions du Code pénal sur les violences conjugales sont mal traduites dans le CASF, menant parfois les équipes à forcer des visites d'enfants chez des parents violents.
- Le délai de délaissement : Le passage à un délai de 6 mois pour déposer une requête en délaissement suscite l'inquiétude.
Le secteur manque de professionnels formés pour mener les démarches nécessaires dans un temps si court.
Le CNPE suggère plutôt d'encadrer légalement le délai de traitement judiciaire une fois la requête déposée.
5. Propositions et Axes de Refondation
Le CNPE préconise des mesures concrètes pour transformer le système en profondeur :
Protection Juridique et Accès aux Soins
- Assistance par avocat : Rendre l'assistance d'un avocat systématique et sécuriser le statut des administrateurs ad hoc.
Ces derniers ont besoin d'un vrai statut professionnel et d'une formation adaptée.
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UAPED (Unités d'Accueil Pédiatrique Enfants en Danger) : Garantir la présence de médecine légale au sein de toutes les UAPED pour éviter de déplacer des enfants traumatisés vers des Unités de Médecine Judiciaire (UMJ) lambda.
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Soins spécialisés : Créer des centres de psychotrauma dédiés spécifiquement à l'enfance.
Financement et Gouvernance
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Sécurisation des ressources : Définir des critères objectifs de vulnérabilité populationnelle pour déterminer le niveau de ressources nécessaire à chaque collectivité, afin que la protection de l'enfant ne dépende pas de la richesse d'un département.
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Contrôle de la Cour des Comptes : Demander à la Cour des comptes de vérifier si la loi est effectivement mise en œuvre avant d'évaluer la gestion financière des départements.
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Comités Départementaux de la Protection de l'Enfance (CDPE) : Généraliser ces instances pour en faire des lieux de décision stratégique impliquant le Préfet et l'ARS, à ne pas confondre avec les observatoires départementaux qui traitent des pratiques.
Professionnalisation
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Formation obligatoire : Étendre les obligations de formation à l'ensemble des cadres et professionnels de la protection de l'enfance, sur le modèle des magistrats ou des médecins.
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Attractivité : Créer un comité de filière pour répondre à l'épuisement professionnel (troubles vicariants et stress post-traumatique) et renforcer l'encadrement.
Conclusion
Le CNPE appelle à sortir de la "com" et des réactions à chaud suite aux faits divers pour engager une politique de fond.
L'enjeu n'est pas d'aggraver les peines dans le Code pénal, mais de donner les moyens à la justice et aux services sociaux d'enquêter et d'agir à temps.
Sans une loi de programmation pluriannuelle sécurisant les institutions et les moyens humains, le risque de régression de la protection des droits de l'enfant en France demeure majeur.