Briefing : Feuille de Route de l'Éducation Nationale pour les Droits et le Bien-être des Enfants
Synthèse
Ce document synthétise les axes stratégiques et les constats chiffrés présentés par Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale, lors de son audition devant la délégation aux droits des enfants.
L'école y est définie par deux fonctions cardinales : instruire et protéger. Les priorités ministérielles s'articulent autour de trois piliers majeurs : la santé mentale des élèves, la lutte contre le harcèlement scolaire et la sécurisation des parcours pour les enfants les plus vulnérables (situation de handicap ou sous protection).
Le ministre souligne une situation alarmante de la santé mentale des jeunes, exacerbée par les usages numériques, et propose des mesures systémiques : déploiement du programme "Phare", interdiction du portable au lycée, et création d'un cadre de "scolarité protégée".
Malgré une baisse démographique drastique (un million d'élèves en moins d'ici 2029), le ministère affirme vouloir maintenir une trajectoire de recrutement pour les personnels médico-sociaux afin de répondre à l'explosion des besoins de détection et d'orientation.
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I. Santé Mentale et Lutte contre le Harcèlement Scolaire : Un Enjeu de Sécurité Absolue
Le ministre place la santé mentale parmi ses trois priorités absolues, s'appuyant sur des indicateurs de détresse psychologique en forte hausse.
État des lieux et chiffres clés
• Risques de dépression : 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentent un risque important.
• Idées suicidaires : 24 % des lycéens déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois.
• Harcèlement : Environ 5 % des élèves (soit un élève par classe en moyenne) sont victimes de harcèlement chaque année.
• Urgences : Augmentation de 80 % des passages aux urgences pour intentions ou tentatives de suicide depuis la crise du COVID-19.
Stratégies de réponse
• Désanonymisation des questionnaires : Le questionnaire annuel de harcèlement (rempli du CE2 à la Terminale) permet désormais aux élèves de décliner leur identité en fin de document pour être recontactés par l'équipe enseignante.
• Formation des personnels : L'objectif est de former deux personnels "sentinelles" par établissement pour repérer et orienter les élèves. Actuellement, la moyenne est de 1,6 personnel formé.
• Dispositif "Coupe-file" : Un mécanisme est en cours de finalisation avec le ministère de la Santé pour garantir aux infirmiers et médecins scolaires une prise de rendez-vous rapide vers les Centres Médico-Psychologiques (CMP) ou la médecine de ville, évitant des délais d'attente de 3 à 6 mois.
• Arsenal répressif : La loi du 2 mars 2022 fait du harcèlement un délit. 10 000 affaires ont été enregistrées par les parquets depuis 2022. Le décret du 16 août 2023 permet désormais de changer d'école l'élève auteur de harcèlement ou de violences intentionnelles.
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II. Protection de l'Enfance et "Scolarité Protégée"
L'école s'affirme comme le premier émetteur d'informations préoccupantes (IP) et d'articles 40 en France.
• Signalements : Le nombre d'informations préoccupantes émises par l'école est passé de 50 000 à 80 000 en deux ans. Un guide national de standardisation des alertes est en cours de publication.
• Circulaire "Scolarité Protégée" : Publiée prochainement, elle vise à garantir la continuité pédagogique des enfants confiés à l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE), dont 70 % sortent actuellement du système sans diplôme. Elle prévoit :
◦ Un suivi individuel par les services départementaux (DASEN).
◦ Des appuis scolaires spécifiques pour éviter les ruptures liées aux changements de foyers ou de familles d'accueil.
◦ Un soutien renforcé à l'orientation et à l'estime de soi.
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III. École Inclusive et Évolution de l'Accompagnement
Le ministre distingue les élèves "non accompagnés" (disposant d'une solution pédagogique mais attendant une aide humaine) des élèves "sans solution" (exclus du système faute de structure adaptée).
• De la compensation à l'accessibilité : Le ministère souhaite sortir d'un modèle basé uniquement sur l'aide humaine systématique (AESH) pour privilégier l'accessibilité pédagogique et matérielle. L'objectif est d'éviter "l'externalisation" du handicap à l'intérieur de la classe.
• Pôles d'Appui à la Scolarité (PAS) : Déployés pour favoriser l'intervention du médico-social directement dans les murs de l'école et fluidifier les parcours entre le milieu ordinaire et les structures spécialisées.
• Besoins : 42 000 élèves seraient encore en attente d'accompagnement après les vacances de la Toussaint, malgré la création de 1 200 postes d'AESH supplémentaires pour 2026.
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IV. Numérique et Éducation à la Vie Affective (EVARS)
La régulation des écrans
Le ministre défend une interdiction stricte du portable au lycée (prévue pour 2026), justifiée par des enjeux cognitifs et de santé publique :
• Corrélation scientifique : La dégradation psychique des élèves est proportionnelle à la consommation d'écrans (le risque de troubles anxio-dépressifs passe de 30 % à 60 % pour les gros utilisateurs).
• Conscience avant contenu : Le ministre souhaite rétablir une primauté de l'éducation aux risques numériques avant l'exposition massive aux contenus violents ou faux.
Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS)
• Obligation : Les trois séances annuelles sont présentées comme "non négociables", tant dans le public que dans le privé sous contrat.
• Constats : 15 % des filles et 12 % des garçons au collège déclarent avoir subi une forme de violence sexuelle.
• Déploiement : Au 31 décembre, 66 % des écoles et 48 % des collèges publics avaient réalisé au moins une séance.
• Formation des enseignants : Le ministère reconnaît la nécessité de protéger les personnels qui, étant parfois eux-mêmes d'anciennes victimes, pourraient subir des traumatismes en dispensant ces enseignements.
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V. Pilotage Institutionnel et Défis Démographiques
La gestion des moyens humains
Le système éducatif fait face à une chute démographique sans précédent :
• Données : Perte d'un million d'élèves entre 2019 et 2029 dans le premier degré. Une génération de 200 000 élèves "disparaît" tous les quatre ans.
• Ajustements : Le ministre justifie les suppressions de postes d'enseignants (4 000 prévus) par cette baisse, tout en souhaitant augmenter progressivement les effectifs médico-sociaux (300 à 500 postes par an) pour compenser l'explosion des besoins en santé mentale.
L'éducation prioritaire (REP/REP+)
Le ministre admet que la carte actuelle, figée depuis 2015, est obsolète. Cependant, il refuse une révision avant 2027 pour deux raisons :
1. Technique : Le processus de concertation avec les collectivités et les syndicats nécessite 15 à 18 mois.
2. Démocratique : Il considère que ce débat doit appartenir à la prochaine échéance présidentielle et refuse de "figer" une carte qui s'imposerait au futur gouvernement.
Création d'un défenseur des droits des enfants
Un adjoint à la médiatrice de l'Éducation nationale sera spécifiquement chargé de la protection de l'enfance. Sa mission sera de traiter les litiges entre scolaire et périscolaire pour assurer une sécurité "de la porte à la porte" et de produire un rapport annuel dédié à ces enjeux.
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VI. Tableau Synthétique : Chiffres de la Santé Mentale et du Bien-être
| Indicateur | Donnée Statistique | | --- | --- | | Élèves victimes de harcèlement | 5 % (stable du CE2 à la Terminale) | | Lycéens avec idées suicidaires | 24 % | | Passage aux urgences (suicide) | \+ 80 % depuis le Covid | | Information préoccupantes (École) | 80 000 / an (en hausse de 30 000) | | Sortie de l'ASE sans diplôme | 70 % | | Couverture EVARS (Écoles) | 66 % (au 31/12) | | Élèves en attente d'AESH | 42 000 (Toussaint 2025) |