Sécuriser l'apprentissage et l'épanouissement : Mettre fin à la violence dans et par l'éducation
Synthèse de haut niveau
La violence en milieu éducatif constitue une crise mondiale d'une ampleur alarmante, touchant environ un milliard d'enfants chaque année.
Loin d'être des incidents isolés, ces violences — qu'elles soient physiques, sexuelles ou psychologiques — s'inscrivent dans un continuum qui entrave le droit fondamental à l'éducation et compromet le développement des sociétés.
L'impact économique est colossal, avec une perte estimée à 11 000 milliards de dollars en revenus futurs à l'échelle mondiale.
Le présent document souligne l'impératif de passer d'interventions fragmentées à une approche holistique et systémique.
L'éducation ne doit plus seulement être vue comme un lieu où la violence se produit, mais comme le levier principal pour la prévenir.
Pour transformer durablement les écoles en sanctuaires de sécurité, il est impératif d'intégrer la prévention et la réponse à la violence au cœur même des systèmes éducatifs, et non comme une simple responsabilité additionnelle.
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I. État des lieux : Les multiples visages de la violence
La violence en milieu éducatif est un phénomène complexe qui dépasse largement le cadre des agressions physiques visibles. Elle se manifeste sous plusieurs formes interdépendantes :
1. Typologie de la violence envers les apprenants
• Violence physique : Inclut les bagarres, les attaques et les châtiments corporels. Plus d'un tiers des élèves ont été impliqués dans une bagarre physique au cours de l'année écoulée.
• Violence psychologique : Humiliation, intimidation, insultes et exclusion sociale. À titre d'exemple, 42 % des jeunes LGBTQ+ rapportent avoir été ridiculisés ou menacés à l'école.
• Violence sexuelle : Harcèlement, attouchements et rapports forcés. Jusqu'à 25 % des adolescents subissent des violences sexuelles, dont 40 % se produisent dans l'enceinte scolaire.
• Harcèlement (Bullying) : Caractérisé par un déséquilibre de pouvoir, il touche 1 apprenant sur 3 chaque mois à travers le monde.
• Violence facilitée par la technologie : Le cyberharcèlement et l'exploitation en ligne amplifient la portée des agressions au-delà des murs de l'école.
2. Violence institutionnelle et structurelle
La violence ne provient pas uniquement des individus ; elle peut être intégrée au système lui-même via :
• Des politiques discriminatoires (ex: codes vestimentaires biaisés).
• Des méthodes d'enseignement inéquitables ou un curriculum excluant certains groupes.
• La normalisation de la violence comme outil de discipline.
3. Violence contre le personnel éducatif
Le personnel n'est pas épargné. Une enquête révèle que près de 80 % des enseignants ont subi une forme de violence à l'école au cours d'une année scolaire, ce qui dégrade leur bien-être et leur efficacité pédagogique.
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II. Analyse des moteurs de la violence : Une approche intersectionnelle
La violence est alimentée par une interaction complexe de facteurs à plusieurs niveaux. L'identité de l'apprenant (genre, handicap, race, orientation sexuelle) détermine souvent la nature et l'intensité de la violence subie.
| Niveau de facteur | Exemples de moteurs identifiés | | --- | --- | | Individuel | Antécédents de violence domestique, manque de sensibilisation aux droits. | | Interpersonnel | Mauvaise gestion des conflits, absence de modèles adultes positifs. | | Systémique | Manque de formation sur la discipline positive, absence de protocoles de signalement. | | Communautaire | Normalisation des châtiments corporels, influence des gangs ou des conflits locaux. | | Sociétal | Inégalités socio-économiques, cadres juridiques faibles ou inexistants. | | Normatif | Normes de genre néfastes (valorisation de la dureté masculine, soumission féminine). |
La dimension de genre (SRGBV)
La violence de genre en milieu scolaire (SRGBV) est omniprésente. Les filles sont plus exposées au harcèlement sexuel et aux grossesses précoces forcées, tandis que les garçons subissent davantage de châtiments corporels et de violences physiques, souvent au nom de normes de masculinité rigides.
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III. Les répercussions : Au-delà de l'enceinte scolaire
Les conséquences de la violence sont profondes et durables, affectant non seulement l'individu mais aussi la société entière :
• Impact éducatif : Les élèves victimes sont trois fois plus susceptibles de se sentir aliénés et deux fois plus enclins à manquer l'école. Cela mène à une baisse des résultats en lecture et calcul, et souvent au décrochage scolaire.
• Santé mentale : Anxiété, dépression, perte d'estime de soi et comportements d'automutilation.
• Santé physique : Risques accrus de VIH, d'infections sexuellement transmissibles et de grossesses non planifiées (facteur majeur de décrochage chez les adolescentes).
• Coût économique : La violence entrave le développement du capital humain, entraînant des pertes de revenus massives sur toute une vie.
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IV. Le cadre d'action : Une approche holistique
Pour mettre fin à la violence, l'UNESCO et ses partenaires préconisent une transformation radicale basée sur six piliers fondamentaux :
1. Curriculum et apprentissage : Intégrer des programmes d'éducation sexuelle complète (ESC), d'apprentissage socio-émotionnel (SEL) et de prévention de la violence pour transformer les attitudes dès le plus jeune âge.
2. Environnement scolaire : Créer des espaces physiques sûrs (toilettes séparées, éclairage) et promouvoir une culture de "discipline positive" qui exclut tout châtiment corporel.
3. Mécanismes de signalement : Mettre en place des systèmes confidentiels, accessibles et adaptés aux enfants (lignes d'assistance, boîtes aux lettres, focal points).
4. Politiques et lois : Adopter des législations nationales interdisant explicitement les châtiments corporels (comme au Pérou en 2015) et promouvoir l'inclusion radicale (comme en Sierra Leone).
5. Partenariats et mobilisation : Collaborer avec les syndicats d'enseignants, les parents, les leaders communautaires et les entreprises technologiques.
6. Données et preuves : Utiliser des outils de diagnostic et des enquêtes numériques (ex: système Ma’An en Jordanie) pour orienter les interventions de manière factuelle.
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V. Perspectives pour un changement durable
La réussite de cette transformation repose sur quatre principes transversaux :
• Centrage sur l'apprenant : Prioriser la sécurité et le "ne pas nuire" (do no harm).
• Sensibilité aux traumatismes : Éviter la re-traumatisation lors du soutien aux victimes.
• Adaptation au contexte : Reconnaître que les solutions en zone de conflit diffèrent de celles en zone urbaine stable.
• Transformation du rôle de l'enseignant : Soutenir les enseignants non seulement comme protecteurs, mais aussi comme individus ayant besoin de protection et de formation continue.
Citation clé
"Puisque les guerres prennent naissance dans l'esprit des hommes et des femmes, c'est dans l'esprit des hommes et des femmes que doivent être élevées les défenses de la paix." — Acte constitutif de l'UNESCO
En conclusion, mettre fin à la violence dans l'éducation n'est pas seulement une obligation morale et légale, c'est une condition sine qua non pour bâtir une société juste, inclusive et prospère.
L'heure est à l'action collective et systématique pour faire de chaque école un véritable havre de paix.