Rapport de Synthèse : Recommandations de la Commission d’Audition sur les Mineurs Auteurs de Violences Sexuelles
Ce document de breffage synthétise les conclusions et les recommandations de la commission d’audition publique consacrée aux mineurs auteurs de violences sexuelles (MAVS).
Ce travail, fruit d'une collaboration transdisciplinaire, vise à redéfinir l'approche clinique, judiciaire et sociale de cette problématique complexe.
Synthèse Administrative
La problématique des mineurs auteurs de violences sexuelles constitue un enjeu de société majeur.
Les données indiquent qu'environ un tiers à la moitié des violences sexuelles sur mineurs sont commises par d’autres mineurs.
Face à ce constat, une audition publique a été organisée sous l’égide de la Fédération Française des Centres de Ressources pour Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles (FF-CRIAVS), conformément au plan gouvernemental 2023-2027 de lutte contre les violences faites aux enfants.
Points clés à retenir :
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Indissociabilité des statuts : 72 % des mineurs poursuivis pour agressions sexuelles ont eux-mêmes été victimes de violences sexuelles.
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Urgence statistique : On dénombre environ 11 500 mineurs mis en cause chaque année, un chiffre en augmentation, alors que les outils de collecte de données actuels sont jugés insuffisants.
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Spécificité de l'enfance : Le mineur ne doit pas être traité comme un "adulte miniature" ; les outils d'évaluation et de prise en charge doivent être spécifiquement validés pour cette population.
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Approche globale : La réponse ne peut être exclusivement pénale ou médicale ; elle doit intégrer les dimensions éducatives, familiales et environnementales.
1. État des Lieux et Données Statistiques
La commission souligne une faiblesse persistante de la qualité et de la solidité des données scientifiques et chiffrées concernant les MAVS.
Analyse Chiffrée
Le nombre de mineurs mis en cause pour des infractions à caractère sexuel a connu une hausse significative, passant de 9 000 en 2017 à près de 16 000 en 2024 (soit une moyenne de 11 500 par an).
| Indicateur | Valeur / Observation | | --- | --- | | Nombre annuel moyen de MAVS | 11 500 mineurs mis en cause | | Corrélation victimaire | 72 % des auteurs ont été victimes de violences sexuelles | | Part des violences commises par des mineurs | 33 % à 50 % du total des violences sur mineurs | | Zones d'ombre | Données quasi inexistantes pour les territoires d'Outre-mer (DROM-COM) |
Recommandations Structurelles
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Restructuration du système d'information : Améliorer le recueil de données du ministère de la Justice pour rendre les statistiques exploitables.
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Focus territorial : Porter une attention particulière aux dynamiques sociales et familiales spécifiques des DROM-COM.
2. Évaluation et Expertise Judiciaire
L'évaluation doit être systématique dès l'entrée du mineur dans un dispositif de prise en charge, qu'il soit suspecté ou condamné.
L'inadaptation des outils actuels
La commission insiste sur le fait que les outils d'évaluation efficaces pour les adultes ne peuvent être simplement "miniaturisés".
Il est impératif de développer et de valider des outils spécifiques à la clinique pédopsychiatrique.
Le lien Discernement-Consentement
Une spécificité majeure de la population mineure réside dans le nouage entre :
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Le discernement : Capacité à identifier la portée de l'acte au moment des faits.
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Le consentement : Capacité du mineur à comprendre le consentement de l'autre et sa propre capacité à consentir.
Recommandation phare : L'organisation d'une nouvelle audition publique dédiée spécifiquement aux expertises psychiatriques et psychologiques, la dernière datant de 2007.
3. Parcours de Soins et Trajectoires Judiciaires
Le rapport identifie un manque de coordination entre le volet pénal et le volet civil/éducatif.
Coordination Institutionnelle
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Saisine systématique du juge des enfants : Dès le début d'une enquête pénale, le volet civil doit être activé pour évaluer l'environnement éducatif et les conditions d'éducation du mineur.
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Santé globale : Les données montrent que la santé des MAVS est objectivement moins bonne que celle de leurs pairs.
Un dispositif de type "Santé Protégée" devrait être généralisé, même pour les mineurs non confiés à l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE).
Mesures de Placement et de Soins
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Modules spécifiques : Création d'un volet de soins dédié aux MAVS dans le cadre du module santé des Mesures Judiciaires d’Investigation Éducative (MJIE).
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Lieux de placement : Formation spécifique des professionnels accueillant des jeunes auteurs, afin de distinguer l'accueil pour carence éducative de l'accueil pour passage à l'acte sexuel.
4. Dynamiques Familiales et Institutionnelles
La révélation de violences sexuelles commises par un enfant agit comme une "déflagration" familiale.
La question de l'inceste
La commission a examiné des modèles (notamment belges) prônant le maintien des frateries incestueuses sous réserve d'un encadrement strict, plutôt que le placement systématique.
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Objectif : Réaffirmer l'interdit de l'inceste tout en permettant au système familial d'élaborer le traumatisme.
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Position législative : Suggestion d'une présomption de non-consentement général et irréfragable concernant l'inceste, en supprimant le seuil de 18 ans.
Soutien et Recherche
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Parole des auteurs : Financer la recherche sur le "savoir expérientiel" des mineurs auteurs, un champ actuellement très peu documenté par rapport à la parole des victimes.
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Justice restaurative : Déployer davantage ce dispositif pour ce contentieux spécifique.
5. Prévention et Changements Culturels
La prévention ne doit pas être uniquement technique, mais doit mobiliser les imaginaires collectifs sur la sexualité.
Éducation et Société
- Éducation à la Vie Affective et Sexuelle (EVARS) : Déploiement concret au-delà de l'école (secteur médico-social, périscolaire, clubs sportifs).
Les parents doivent être activement associés à ces programmes.
- Sensibilisation à la parentalité : Inculquer aux parents l'idée que leur enfant peut être une victime, mais aussi un auteur potentiel.
Le rapport suggère d'utiliser les lieux de travail comme espaces de sensibilisation pour autonomiser cette réflexion hors du cadre médical classique.
Risques Contemporains
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Numérique et Pornographie : Nécessité d'une application absolue des référentiels de l'ARCOM et soutien aux projets législatifs visant à restreindre l'accès aux réseaux sociaux avant 15 ans.
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Prévention secondaire : Cibler les "comportements sexuels problématiques" avant qu'ils ne se transforment en infractions pénales caractérisées, via des outils de détection précoce.
Conclusion et Perspectives
La commission d'audition appelle à une montée en exigence généralisée.
La prise en charge des mineurs auteurs de violences sexuelles exige :
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Une culture commune entre magistrats, policiers, soignants et éducateurs.
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Une formation initiale et continue systématique sur les enjeux du consentement et de la clinique du mineur.
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Une vision politique large qui ne réduit pas le problème à la seule sanction, mais l'inscrit dans une dynamique de santé publique et de protection de l'enfance.