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  1. Nov 2019
    1. Je m’abîmai dans la lecture comme autrefois dans la prière. La littérature prit dans mon existence la place qu’y avait occupée la religion : elle l’envahit tout entière, et la transfigura. Les livres que j’aimais devinrent une Bible où je puisais des conseils et des secours ; j’en copiai de longs extraits ; j’appris par cœur de nouveaux cantiques et de nouvelles litanies, des psaumes, des proverbes, des prophéties et je sanctifiai toutes les circonstances de ma vie en me récitant ces textes sacrés. Mes émotions, mes larmes, mes espoirs n’en étaient pas moins sincères ; les mots et les cadences, les vers, les versets ne me servaient pas à feindre : mais ils sauvaient du silence toutes ces intimes aventures dont je ne pouvais parler à personne ; entre moi et les âmes sœurs qui existaient quelque part, hors d’atteinte, ils créaient une sorte de communion ; au lieu de vivre ma petite histoire particulière, je participais à une grande épopée spirituelle. Pendant des mois je me nourris de littérature : mais c’était alors la seule réalité à laquelle il me fût possible d’accéder.

      Dans ce passage, c'est la lecture et la littérature qui sauvent Beauvoir.

      Le rôle « spirituel » et « total » de la religion est remplacé par la littérature.

      La métaphore religieuse est employée partout pour rendre compte d'une correspondance entre littérature et religion.

      « Réalité » : la littérature est une forme du « réel » pour Beauvoir; elle comporte une forme d'accès au réel, voire d’accès à la connaissance (fonction épistémologique).