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  1. Oct 2020
    1. Writing on Gustave Moreau, Proust detects a universe of analogies, paintings that document an “intoxication of mind” in which reality is a “mysterious country” of unlike objects “resembl[ing] one another.” Describing Rembrandt, he finds an exacting individualism visible in a manipulation of light “that bathes [Rembrandt’s] portraits and his pictures [in] the very light of his thought […] a personal light in which we view things when we are thinking for ourselves.” Jean-Baptiste-Siméon Chardin was probably Proust’s favorite painter. He sees in Chardin a vision “combining things and people in those rooms which are more than a thing and perhaps more than a person, rooms which are the scene of their joint lives, the law of affinities and contrarieties […] the shrine of their past.”
  2. Dec 2019
    1. p. 176

      le rôle à la fois essentiel et limité que la lecture peut jouer dans notre vie spirituelle

      L'esthétique de la lecture développée par Proust paraît rejoindre la réflexion de Paul Valéry dans son "Discours sur l'esthétique" (1937). Valéry distingue l'esthésique, ("l'étude des sensations", des "modifications sensorielles", des "excitations" et des "réactions sensibles") et le poïétique ("qui concerne la production des oeuvres" et procure "une idée générale de l'action humaine complète"). La philosophie proustienne de la lecture relèverait en ce sens de l'esthésique valéryenne :

      C'est donner un trop grand rôle à ce qui n'est qu'une incitation d'en faire une discipline. La lecture est au seuil de la vie spirituelle; elle peut nous y introduire : elle ne la constitue pas. (p. 178)

      et

      […] si une impulsion extérieure [ici, la lecture] ne venait les réintroduire en quelque sorte de force dans la vie de l'esprit, où ils retrouvent subitement la puissance de penser par eux-mêmes et de créer. (p. 178)

      Puissance de penser et de créer. Ce qui "constitue" pour Proust la "vie spirituelle", ce serait plutôt la poïesis, la production de l'oeuvre, c'est-à-dire "cette activité créatrice qu'il s'agit précisément de ressusciter [par la lecture]" (p. 179).

    2. p. 167

      Pour moi, je ne me sens vivre et penser que dans une chambre où tout est la création et le langage de vies profondément différentes de la mienne, d'un goût opposé au mien, où je ne retrouve rien de ma pensée consciente, où mon imagination s'exalte en se sentant plongée au sein du non-moi […]

      La structure grammaticale de la phrase construit un temps circulaire (où s'opposent le "Pour moi" de l'ouverture et le "non-moi"). Cette dynamique introduit une multiplicité de temps et d'espaces qui peuvent être mobilisés par l'imagination pour recomposer le sujet et l'instance du "moi", en déplacer les limites.

    3. p. 174-175

      Ce livre, que vous m'avez vu tout à l'heure lire […] ce livre, comme vos yeux en se penchant vers lui ne pourraient déchiffrer son titre à vingt ans de distance, ma mémoire, dont la vue est plus appropriée à ce genre de perceptions, va vous dire quel il était […]

      L'immersion du lecteur, entravé dans sa perception du support matériel (« ce livre »). Un éthos du care (de la sollicitude) produit par le narrateur qui vient au secours de l'instance du lecteur par la médiation d'un autre support, immatériel : sa mémoire.

      Cette relation de care (entre le narrateur et le lecteur) se trouvait déjà fictionnalisée en p. 165 :

      […] cette opération, en apparence si simple, d'ouvrir ou de fermer ma croisée, je n'en venais jamais à bout sans le secours de quelqu'un de la maison […]

      Ouvrir la fenêtre de la chambre et lire le titre d'un livre : deux opérations de lecture impliquant la matérialité des supports.

    4. p. 164-165

      Une multiplicité d'objets permettent au narrateur de se remémorer la configuration de la chambre : les « hautes courtines blanches », les « couvre-pieds en marceline », les « courtes-pointes à fleurs », les « couvre-lits brodés », les « taies d’oreillers en batiste », la « trinité du verre à dessins bleus, du sucrier pareil et de la carafe », l’« ampoule de verre » et sa « précieuse liqueur de fleur d’oranger », les « petites étoles ajourées au crochet », la « cloche de verre », « la pendule », les « coquillages », la « blanche nappe de guipure », les « deux vases », l’« image du Sauveur », le « buis bénit » et le « prie-Dieu ».

      Préparant cet espace-temps du « non-moi » (explicité en p. 167), ces objets produisent un effet (aesthesis) dépersonnalisant - et curatif - sur le narrateur :

      […] toutes ces choses qui non seulement ne pouvaient répondre à aucun de mes besoins, mais apportaient même une entrave, d'ailleurs légère, à leur satisfaction, qui évidemment n'avaient jamais été mises là pour l'utilité de quelqu'un, peuplaient ma chambre de pensées en quelque sorte personnelles […] la remplissaient d'une vie silencieuse et diverse, d'un mystère où ma personne se trouvait à la fois perdue et charmée […] (p. 166)

    5. p. 164

      Mais c'est justement de ces choses qui n'étaient pas là pour ma commodité, mais semblaient y être venues pour leur plaisir, que ma chambre tirait pour moi sa beauté.

      La chambre de Proust devient ce lieu d’une récollection d’objets infonctionnels et disparates d’où procède une expérience esthétique. Dans Les Objets désuets dans l'imagination littéraire, Fernando Orlando en explicite les aspects de "défonctionnalisation" et de "refonctionnalisation" qui deviennent pour Proust "source de plaisir" esthétique (p. 595 et sq.).

  3. Nov 2019
    1. When Marcel laments his tendency to lose his grip on reality due to daydreaming, Elstir tells him, “If a little day-dreaming is dangerous, the cure for it is not to dream less but to dream more, dream all the time.”

      lovely little quote