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  1. Dec 2019
    1. L'"effet imaginaire" de certains objets sur la perception temporelle du narrateur : les livres et le téléphone.

      p. 115

      livres dont j’avais appris finalement à couper les pages pour ne pas constater, quelques mois plus tard, qu’ils étaient intacts.

      p. 121

      À partir du vendredi à la première heure, le téléphone m’inspira de l’inquiétude. J’étais indigné par le fait que cet instrument, qui m’avait fait entendre quelquefois la voix désormais perdue de Beatriz, pût se rabaisser à être un réceptacle des lamentations inutiles et peut-être de la colère de Carlos Argentino Daneri que j’avais trompé.

      Selon l'arbre sémantique établi par Francesco Orlando dans Les Objets désuets dans l'imagination littéraire, ces "images de corporéité non fonctionnelle" (livres intacts et téléphone) paraissent produire deux "effets imaginaires" distincts : les livres, dont le narrateur coupe les pages, produirait une perception individuelle de l'écoulement du temps (le "désolé-disloqué"), alors que le téléphone, provoquant l'inquiétude du narrateur en même temps qu'il évoque le souvenir de Beatriz, produirait un double effet : une incidence "brute" et menaçante sur le "temps actuel" (le "stérile-nocif") et une perception "complaisante" du temps qui passe (le "mémoriel-affectif").

    1. p. 167

      Pour moi, je ne me sens vivre et penser que dans une chambre où tout est la création et le langage de vies profondément différentes de la mienne, d'un goût opposé au mien, où je ne retrouve rien de ma pensée consciente, où mon imagination s'exalte en se sentant plongée au sein du non-moi […]

      La structure grammaticale de la phrase construit un temps circulaire (où s'opposent le "Pour moi" de l'ouverture et le "non-moi"). Cette dynamique introduit une multiplicité de temps et d'espaces qui peuvent être mobilisés par l'imagination pour recomposer le sujet et l'instance du "moi", en déplacer les limites.

  2. Nov 2019
    1. Dans la conférence, Heidegger tente de répondre à une question, celle de savoir ce qu’est la métaphysique. L’angoisse, étant placée au cœur du développement, y joue un rôle prépondérant, central, car elle est l’affection qui permet de vivre une expérience métaphysique primaire, celle du néant. Son rôle est donc quelque peu différent de celui que nous lui avons connu dans Être et temps: il est radicalisé. En effet, dans Être et temps, l’angoisse se présente devant l’être-au-monde -le Daseins’angoisse devant son ouverture au monde et les possibilités que celui-ci renferme -faisant taire ainsi les réseaux de signifiance intramondains du Daseinet l’aidant à rencontrer ses possibilités authentiques. Par contre, du néant en tant que telle, l’angoisse ne fait pas l’expérience, du moins pas explicitement. Nous pouvons dire que, dans la conférence, l’angoisse a été assignée à de nouvelles fonctions. Mais,pour intégrer celles-ci, Heidegger débute en montrant les limites de la science dans la recherche d’un fondement ainsi que celles de l’entendement dans la capacité à répondre à la question métaphysique du néant. Ainsi, en disqualifiant la science et l’entendement, Heidegger va laisser le champ libre pour une nouvelle expérience, existentielle

      Comparaison de l'angoisse dans les deux oeuvres

  3. Mar 2017
    1. Pour reprendre Goody : “ce qui est dispersé dans le temps devient contigu dans l’espace” Il s’agit de délinéariser le discours, de permettre son découpage en unités juxtaposables.

      On est ici clairement dans l'opposition espace-temps telle qu'elle a été pensée au XX. La notion de mélodie et juxtapposition de l'Essai sur les données immédiates de Bergson. Je me demande si on peut dépasser cette opposition. L'espace aussi est multiple, dynamique et mélodique... En gros, cela sert à dire que je trouve l'approche de Bruno - qui en effet découle de celle de Goody, un peu trop rigide. En réalité il y a au moins "des raisons computationnelles" et en plus je ne suis pas sûr que tout soit computationnel dans les espaces qui s'agencent dans les environnements numériques. Surtout parce que ces espaces se donnent toujours dans l'interaction homme-machine et jamais seulement du côté de la machine comme semble le penser Bruno - au moins dans le sens qu'il fait abstraction de l'interaction pour se concentrer sur l'un des deux pôles...