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  1. Last 7 days
    1. je récusais les vérités qui ne reflétaient pas un absolu. Je ne voulais céder qu’à la nécessité

      L'idée d'absolu et de nécessité guident le projet littéraire de Beauvoir (qui écrit par nécessité, pour donner une valeur, un sens à son existence; il y a un étroit rapport, voire une fusion entre sa vie et son écriture).

      Ce passage n'a pu qu'être écrit rétrospectivement!

  2. Dec 2019
    1. Je me rêvais l’absolu fondement de moi-même et ma propre apothéose.

      Phrase très forte qui traduit le désir d’émancipation, d’autonomisation (« devenir sa propre cause et sa propre fin », p. 187), voire d’autofondation (ce qui n’est pas sans avoir des références philosophiques très importantes).

    2. Sartre au contraire essayait de me situer dans mon propre système, il me comprenait à la lumière de mes valeurs, de mes projets

      Le regard de Sartre sur le « système » de Beauvoir suggère sa dimension philosophique (la philosophie comme système, unifié avec ses propres principes).

    3. L’œuvre d’art, l’œuvre littéraire était à ses yeux une fin absolue ; elle portait en soi sa raison d’être

      Existentialisme de l’œuvre d’art (notamment littéraire), d’où une certaine nécessité de l’art (comme source de vérité, comme révélation).

      C’est aussi, paradoxalement, quelque chose de fini (c’est la « fin absolue »); le constat est surtout paradoxal lorsque confronté à son pendant religieux (la fin ultime comme Dieu). La connotation est aussi théologique que philosophique.

    4. théorie de la contingence

      Autrement dit : la phénoménologie existentialiste de Sartre.

    5. Il aimait autant Stendhal que Spinoza et se refusait à séparer la philosophie de la littérature.

      Sartre considérait conjointement la littérature et la philosophie.

  3. Nov 2019
    1. je m’embrouillais dans ces contradictions.

      littérature permet d'exprimer des contradictions que la philosophie ne peut raisonner

    2. Il m’obligeait à réfléchir, à faire le point ; je ne me vantai plus de savoir tout, au contraire : « Je ne sais rien, rien ; non seulement pas une réponse mais aucune manière valable de poser la question. » Je me promis de ne plus me duper, et je demandai à Pradelle de m’aider à me garder de tous les mensonges ; il serait « ma conscience vivante ». Je décidai que j’allais consacrer les prochaines années à chercher avec acharnement la vérité.

      sagesse

    3. je voulais construire une pensée, une œuvre

      littérature et philosophie conjointes

    4. La philosophie ne m’avait ni ouvert le ciel, ni ancrée à la terre ; tout de même, en janvier, les premières difficultés vaincues, je commençai à m’y intéresser sérieusement. Je lus Bergson, Platon, Schopenhauer, Leibniz, Hamelin, et avec ferveur Nietzsche. Un tas de problèmes me passionnaient : la valeur de la science, la vie, la matière, le temps, l’art. Je n’avais pas de doctrine arrêtée ; du moins savais-je que je rejetais Aristote, saint Thomas, Maritain et aussi tous les empirismes et le matérialisme. En gros je me ralliais à l’idéalisme critique, tel que nous l’exposait Brunschvicg, bien que, sur bien des points, il me laissât sur ma faim. Je repris du goût pour la littérature.
    5. Somme toute, quand celui-ci avait compris qu’il ne savait rien et qu’il n’y avait rien à savoir, il savait tout. Ainsi s’explique que j’aie pu écrire en janvier : « Je sais tout, j’ai fait le tour de toutes choses. »
    6. Je restais aussi sensible que dans mon enfance à l’étrangeté de [Page 291]ma présence sur cette terre qui sortait d’où ? qui allait où ? J’y pensais souvent, avec stupeur, et sur mes carnets je m’interrogeais ; il me semblait être dupe « d’un tour de prestidigitation dont le truc est enfantin, mais qu’on n’arrive pas à deviner ». J’espérais sinon l’élucider, au moins le cerner de plus près. Comme je possédais pour tout bagage ce que m’avait enseigné l’abbé Trécourt, je commençai par tâtonner difficilement à travers les systèmes de Descartes et de Spinoza. Parfois, ils m’emportaient très haut, dans l’infini : j’apercevais la terre à mes pieds comme une fourmilière et la littérature même devenait un vain grésillement ; parfois je n’y voyais que de maladroits échafaudages, sans rapport avec la réalité. J’étudiai Kant, et il me convainquit que personne ne me découvrirait le dessous des cartes.
    7. À travers une étude sur Kant, je me passionnai pour l’idéalisme critique qui me confirmait dans mon refus de Dieu. Dans les théories de Bergson sur « le moi social et le moi profond » je reconnus avec enthousiasme ma propre expérience. Mais les voix impersonnelles des philosophes ne m’apportaient pas le même réconfort que celles de mes auteurs de [Page 272]chevet.
    8. Mademoiselle Lambert me conseilla de revenir à mon premier projet ; c’était elle qui faisait à Sainte-Marie les cours de philosophie : elle serait heureuse de m’avoir pour élève ; elle m’assura que j’obtiendrais sans peine l’agrégation. Mes parents ne firent pas d’opposition. Je fus très satisfaite de cette décision.
    9. et avec ferveur Nietzsche

      Beauvoir lit plusieurs philosophes, mais pourquoi son obsession (récurrente) pour Nietzsche?

    10. Je continuai à subordonner les questions sociales à [Page 312]la métaphysique et à la morale : à quoi bon se soucier du bonheur de l’humanité, si elle n’avait pas de raison d’être ?

      Les questions sociales et la politique sont inférieures à la « métaphysique et la morale » (autrement dit, la philosophie).

      philosophie > politique
      

      Beauvoir lance ici une question existentialiste« à quoi bon se soucier du bonheur de l’humanité, si elle n’avait pas besoin d’être? »

    11. La philosophie avait fortifié ma tendance à saisir les choses dans leur essence, à la racine, sous l’aspect de la totalité ; et comme je me mouvais parmi des abstractions, je croyais avoir découvert, de façon décisive, la vérité du monde.

      Beauvoir explicite l’influence de la philosophie sur sa manière d’avoir une « saisie » sur le monde, dans les termes de la philosophie (« essence », « racine », « totalité », « abstractions »).

      L’aboutissement de ce constat, celui de « croire avoir découvert, de façon décisive, les <mark>vérités du monde</mark> », demeure rhétorique (elle » croit », mais n’en a pas la certitude; oxymore avec « façon décisive »…)

    12. Je décidai que j’allais consacrer les prochaines années à chercher avec acharnement la vérité.

      Beauvoir énonce sa vocation de philosophe.

    13. Sa dévotion aux valeurs universelles était, m’imaginais-je, sincère ; je me pensais autorisée à liquider traditions, coutumes, préjugés, tous les particularismes, au profit de la raison, du beau, du bien, du progrès.

      raison vs moeurs

    14. je m’entraînais à réfléchir, à comprendre, à critiquer, je m’interrogeais, je cherchais avec précision la vérité : ce scrupule me rendait inapte aux conversations mondaines.
    15. Mon père n’avait jamais mordu à la philosophie ; dans mon entourage comme dans celui de Zaza, on la tenait en suspicion.
    16. « Simone s’intéresse à tout. » Je me trouvais limitée par mon refus des limites.
    17. Cependant, si elle échouait à m’expliquer l’univers et moi-même, je ne savais plus trop que demander à la philosophie

      Lisez Critique de la raison pure de Kant, et vous ne trouverez aucune réponse (c’est le punch très décevant du canon).

    18. Je m’initiai à la philosophie en lisant La Vie intellectuelle du Père Sertillanges, et La Certitude morale d’Ollé-Laprune qui m’ennuyèrent considérablement.

      Traces des œuvres philosophiques initiatrices du parcours de Beauvoir.

    19. Ma conscience, d’où sortait-elle ? d’où tirait-elle ses pouvoirs ?

      Réflexion authentiquement philosophique : philosophie de l’esprit, métaphysique, tentative d’auto-réflexivité.

    20. Ce qui m’attira surtout dans la philosophie, c’est que je pensais qu’elle allait droit à l’essentiel. Je n’avais jamais eu le goût du détail ; je percevais le sens global des choses plutôt que leurs singularités, et j’aimais mieux comprendre que voir ; j’avais toujours souhaité connaître *tout* ; la philosophie me permettrait d’assouvir ce désir, car c’est la totalité du réel qu’elle visait ; elle s’installait tout de suite en son cœur et me découvrait, au lieu d’un décevant tourbillon de faits ou de lois empiriques, un ordre, une raison, une nécessité. Sciences, littérature, toutes les autres disciplines me parurent des parentes pauvres.

      Beauvoir touche à la philosophie, à son essence et à l’affinité qu’elle éprouve vis-à-vis d’elle :

      • sens global
      • comprendre
      • totalité du réel
      • ordre, raison, nécessité
    1. p. 124 :

      Peut-être les dieux ne me refuseraient-ils pas de trouver une image équivalente, mais mon récit serait <mark>contaminé de littérature, d’erreur</mark>. Par ailleurs, le <mark>problème central est insoluble : l’énumération, même partielle, d’un ensemble infini</mark>.

      La littérature fait peut–être erreur en ce qu’elle s’intéresse à des choses particulières, par opposition au discours universel des mathématiques et de la philosophie.

      Le passage sera suivi un peu plus loin d’une énumération d’exemples complètement étranges, laissant entendre qu’on pourrait continuer ainsi à l’infini sans jamais épuiser les possibilités.

    1. Tu ne sauras donc jamais quels temples, quels théâtres, j’eusse conçus dans le pur style socratique !

      Nous ne le saurons jamais, Socrate, puisque tu n’as fait que parler toute ta vie.

      Tu n’es qu’un philosophe, tu n’as jamais réussi à être architecte; tu n’as jamais rien réalisé…<br> (pardonne-moi, Socrate, te t’attaquer ainsi)

    2. Cette étendue de leurs pouvoirs est le triomphe même de ce mode de construire dont je te parlais.

      Le pouvoir est aux philosophes-architectes-poètes; ce pouvoir est total.

    3. vérités les plus générales

      Tendance à l’universel; c’est le but de la philosophie!

    4. matière précieuse au philosophe

      Valéry traite explicitement de « matière », du matériau du philosophe – amusant (et très intéressant!), car les philosophes aiment bien pelleter des nuages.

      La métaphore architecturale n'est pas loin.

    1. Les formats sont le plus souvent invisibles : nos actions suffisent en général à mobiliser ceux qui nous servent. Ils sont en fait trop souvent invisibles : le choix est fait « à notre insu », sans qu’aient toujours été pesées les contraintes à respecter en fonction de l’usage à faire du document en question, maintenant et plus tard.

      Le « pacte d'écriture » entre l'écrivain et de son format : le format impose des conditions d'écritures, « à l'insu » de l'utilisateur, dont les choix sont imposés par la technique (le format, les créateurs du format).

  4. Sep 2019
    1. gestes philosophiques

      les «conditions matérielles» de production de la pensée ne sont autre chose que la technique, que les sciences du design (ou philosophie du design) ont pour objet d'étude.

      La technique est en soi un «geste philosophique»; la technique en soi possède un contenu de connaissance qui est intégré à elle; autrement dit, la technique, c'est de la connaissance (un «produit du savoir»).

  5. Apr 2019
    1. Bestenfalls tut der Gedanke so, als ob.

      1911 veröffentlicht der deutsche Philosoph und Kant-Forscer Hans Vaihinger das Werk Philosophie des Als Ob. Das ist kein Zufall, denn Serner schreibt in der unter Pseudonym verfassten Selbstrezension Das dadaistische Manifest (1920):

      Es ist ein eigenartiger Zufall, daß dieses bereits vor zwei Jahrn geschriebenen Buch zur selben Zeit erscheint, da in Halle die Als ob-Konferenz tagte. . . Dort begründete der zweifellos ganz hervorragende Philosoph Vaihinger den sogenannten Fiktionalismus . . .

  6. Aug 2018
    1. KIs bauen will, die künftig erhebliche Verantwortung in der realen Welt übernehmen

      KIs können keine Verantwortung übernehmen, das können nur Menschen als ethische Wesen!