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  1. Dec 2019
    1. j’entrais dans le grand circuit humain où, pensais-je, chacun est utile à tous
    2. En écrivant une œuvre nourrie de mon histoire, je me créerais moi-même à neuf et je justifierais mon existence.

      Ce passage revient à nouveau! (p. 187)

    3. En écrivant une œuvre nourrie de mon histoire, je me créerais moi-même à neuf et je justifierais mon existence.

      L'existentialisme de Beauvoir, par la littérature, tout crachée!

    4. je récusais les vérités qui ne reflétaient pas un absolu. Je ne voulais céder qu’à la nécessité

      L'idée d'absolu et de nécessité guident le projet littéraire de Beauvoir (qui écrit par nécessité, pour donner une valeur, un sens à son existence; il y a un étroit rapport, voire une fusion entre sa vie et son écriture).

      Ce passage n'a pu qu'être écrit rétrospectivement!

    5. C’est que je venais de faire une cuisante découverte : cette belle histoire qui était ma vie, elle devenait fausse au fur et à mesure que je me la racontais.

      Le passage est en écho à celui-ci (p. 222) :

      Ma vie serait une belle histoire qui <mark>deviendrait vraie au fur et à mesure que je me la raconterais</mark>.

      Oups! Beauvoir se rend compte (avec lucidité, en rétrospective) de la fiction qu’elle écrivait!

    6. Mystère et mensonge des journaux intimes

      Beauvoir écrit un roman autobiographique, censé refléter sa fidèlement sa vie (écriture et vie réelle débordent sans cesse l’un sur l’autre).

      Beauvoir ayant consigné beaucoup de carnets de jeunesse, on pourrait penser que ceux-ci préfiguraient à l’écriture des Mémoires (autobiographiques); or, « ces journaux intimes ne disent pas tous la vérité<sup>1</sup>! »


      1. Golay, Annabelle Martin. Beauvoir intime et politique: La fabrique des Mémoires. Presses Universitaires du Septentrion, 2017, p. 141.
    7. Je me rêvais l’absolu fondement de moi-même et ma propre apothéose.

      Phrase très forte qui traduit le désir d’émancipation, d’autonomisation (« devenir sa propre cause et sa propre fin », p. 187), voire d’autofondation (ce qui n’est pas sans avoir des références philosophiques très importantes).

    8. vivre, écrire et être heureuse

      Encore une triade chez Beauvoir, dans laquelle l’écriture (« écrire ») se loge.

    9. Je découvris que j’avais une démarche, une voix : c’était nouveau.

      Beauvoir relève sa propre singularité.

    10. sur ce point son attitude différait à peine de celle de mon père

      Beauvoir contre le regard des hommes (y compris celui de son père)

    11. Mais le fait est que je gardais une idée quasi religieuse de ce que j’appelais « ma destinée ».

      Toujours ce vocabulaire pénétré de religion, auquel Beauvoir mêle fluidement la question de sa vocation (« sa destinée »).

    12. Il me répéta que notre société ne respecte que les femmes mariées.

      Trace forte de l’imaginaire social de l’époque.

    13. j’étais acceptée par son clan

      L’acceptation sociale (notamment par des hommes, et a fortiori par des hommes érudits) est importante pour Beauvoir.

    14. Mais quelque chose finissait.

      Beauvoir ne veut pas d’une existence cul-de-sac (c’était le cas par exemple avec Jacques, avec lequel elle deviendrait « Mme Languillon »).

      Si quelque chose doit finir, elle doit s’en détacher (par exemple, se marier et devenir la femme de quelqu’un sans rien de plus); elle souhaite progresser à l’infini.

    15. ce qu’il y avait de plus estimable en moi : mon goût de la liberté, mon amour de la vie, ma curiosité, ma volonté d’écrire

      Encore ces pôles dans la vie de Beauvoir :

      • liberté
      • amour (de la vie)
      • curiosité
      • écrire
    16. Sartre au contraire essayait de me situer dans mon propre système, il me comprenait à la lumière de mes valeurs, de mes projets

      Le regard de Sartre sur le « système » de Beauvoir suggère sa dimension philosophique (la philosophie comme système, unifié avec ses propres principes).

    17. C’était la première fois de ma vie que je me sentais intellectuellement dominée par quelqu’un.

      Signe de subordination à Sartre.

    18. brutale liquidation

      La « liquidation » est chose brutale et violente (ce qui surprend Beauvoir), mais elle est quand même nécessaire.

    19. et j’avais pensé avec regret que c’était un monsieur marié, très lointain, pour qui je n’existerais jamais

      L’existence se manifeste sous la forme du mariage, aux yeux de l’homme – par une espèce « d’existentialisme du mariage »! (ce philosophisme est de moi, à prendre avec un grain de sel).

    20. il paraissait vivre ailleurs que dans les livres

      Beauvoir, obsédée par la littérature, reproche aux hommes (comme Sartre) de « vivre dans les livres », de manière détachée de la réalité.

      Cette forme d’existentialismeparaître vivre ailleurs que dans les livres ») que Beauvoir relève chez Herbaud, semble être une qualité.

    21. en fait j’en restais barbouillée ; les tabous sexuels survivaient

      Beauvoir prétend se sortir du catholicisme, et pourtant des traces bien vivantes de la religion continues de la hanter (comme les tabous sexuels)

    22. Mais j’aurais bien voulu qu’un secours me vînt du dehors

      Beauvoir attend un « secours extérieur », ce qui va à l'encontre de son désir d'autonomie…

      (Attend-elle Sartre?)

    23. je commençai « mon livre »

      Genèse de l'auteure

    1. comme elle l’avait toujours voulu
    2. a révolutionné le social par l’intime

      Beauvoir cherche à universaliser son expérience personnelle : elle affirme haut et fort sa singularité, pour pouvoir tenir un discours qui parle à tous.

    3. oeuvre utile

      L’implication philosophique de Beauvoir n’était pas simplement une théorie, mais bien une pratique, qui plus est utile (entraînant la révolution).

    4. Écrivant aussi pour se comprendre et pour arriver à une universalité concrète

      Écrire pour se comprendre.

      Fin : l’universalité (« concrète »)

  2. Nov 2019
    1. Mal attifée, peu soignée

      Beauvoir se préoccupe de sa beauté (ce qui ne la complexait pas tant lorsqu’elle était plus jeune).

    2. dans le chœur des approbations, ce mutisme était subversif

      Beauvoir contestataire.

    3. mobilisation des femmes

      Beauvoir accepte-t-elle d’étendre l’égalité des sexes à la sphère militaire?

    4. et avec ferveur Nietzsche

      Beauvoir lit plusieurs philosophes, mais pourquoi son obsession (récurrente) pour Nietzsche?

    5. Pour Jacques, se marier, c’était décidément faire une fin et moi je ne voulais pas en finir

      Beauvoir ne veut pas « finir » sa vie comme « simple femme », (la « future Mme Languillon, p. 305).

      Beauvoir veut pouvoir progresser (peut-être à l’infini, sans bornes), et c’est pourquoi elle veut un mari « plus parfait » qu’elle (comme Sartre, qu’elle admire).

    6. rien n’a besoin d’être

      Question d’ontologie et de nécessité : l’existence n’est que contingente (et n’a rien de nécessaire), selon le constat de Beauvoir (qui a probablement lu l’Être et le néant de Sartre…)

    7. Je continuai à subordonner les questions sociales à [Page 312]la métaphysique et à la morale : à quoi bon se soucier du bonheur de l’humanité, si elle n’avait pas de raison d’être ?

      Les questions sociales et la politique sont inférieures à la « métaphysique et la morale » (autrement dit, la philosophie).

      philosophie > politique
      

      Beauvoir lance ici une question existentialiste« à quoi bon se soucier du bonheur de l’humanité, si elle n’avait pas besoin d’être? »

    8. Je décidai que j’allais consacrer les prochaines années à chercher avec acharnement la vérité.

      Beauvoir énonce sa vocation de philosophe.

    9. « Être un auteur célèbre. »

      Ouh, c’est explicite.

      (hey, Beaver, autrice, ça te plairait?)

    10. je servirais l’humanité

      Autre trace de la vocation (future) de Beauvoir.

    11. être ma propre cause et ma propre fin

      Il y a quelque chose de Spinoza peut-être dans cette idée de cause et de fin.

      Quoi qu’il en soit, Beauvoir recherche l’autonomie.

    12. avec une élégance que je jugeai inégalable

      Beauvoir montre de la déférence pour une littérature qu’elle se sent incapable d’égaler (au point de recopier la page sans l’amender).

    13. cette indifférence même et la sécheresse de sa voix me révélèrent qu’elle n’avait pas une once d’affection pour moi

      L’affection (comme signe d’estime des autres) est importante pour l’estime de Beauvoir.

    14. Je m’initiai à la philosophie en lisant La Vie intellectuelle du Père Sertillanges, et La Certitude morale d’Ollé-Laprune qui m’ennuyèrent considérablement.

      Traces des œuvres philosophiques initiatrices du parcours de Beauvoir.

    15. dogmatisme

      Le dogmatisme peut être associé à la religion, ou à Kant, son principal représentant en philosophie.

    16. ainsi avait-elle réussi à concilier sa vie cérébrale avec les exigences de sa sensibilité féminine

      Ah! Mademoiselle Zanta offre un cher exemple à Beauvoir!

    17. Quand mon cavalier me serrait dans ses bras et m’appliquait contre sa poitrine, j’éprouvais une impression bizarre, qui ressemblait à un vertige d’estomac, mais que j’oubliais moins facilement. Rentrée à la maison, je me jetais dans le fauteuil de cuir, hébétée par une langueur qui n’avait pas de nom et qui me donnait envie de pleurer. Je pris prétexte de mon travail pour suspendre ces séances.

      Beauvoir éprouve un grand malaise vis-à-vis des rapports corporels (avec contact direct, comme en danse).

    18. Mais sa réponse me fit réfléchir.

      Devant la réaction de Magdeleine, Beauvoir remet en doute son propre scepticisme vis-à-vis des apparences, de la beauté féminine…

    19. mon destin ne reflétait plus la déchéance familiale, mais s’expliquait par l’étrange fatalité d’un don

      Autre soulignement du caractère exceptionnel (par le « don ») du parcours de Beauvoir.

    20. Je n’étais pas féministe dans la mesure où je ne me souciais pas de politique : le droit de vote, je m’en fichais. Mais à mes yeux, hommes et femmes étaient au même titre des personnes et j’exigeais entre eux une exacte réciprocité. L’attitude de mon père à l’égard du « beau sexe » me blessait. Dans l’ensemble, la frivolité des liaisons, des amours, des adultères bourgeois m’écœurait.

      Beauvoir formule ici les limites de sa propre « attitude féministe ». Elle ne se revendique pas d’un féminisme politique, mais d’une simple réciprocité des deux sexes l’un vis-à-vis de l’autre.

    21. Quelquefois, je pensais que les forces allaient me manquer et que je me résignerais à redevenir comme les autres.

      Beauvoir semble être dans un jeu d’« élitisme » constant, tentant de se distinguer de la masse populaire (par le bien-parler, par les idées, par la pratique assidue de la lecture, etc.).

      Elle souhaite ne pas être ordinaire, ce qui demande un effort constant (qu’elle redoute de perdre).

    22. Mon chemin était clairement tracé

      Beauvoir témoigne de signes « avant-coureurs » de sa vocation (même si elle écrit ces lignes après l’acquisition de sa célébrité…)

    23. Je m’interdis les lectures frivoles, les bavardages inutiles, [Page 239]tous les divertissements

      Il y a du Nietzsche là-dessous!

    24. L’amour n’est pas l’envie.

      Beauvoir enlève ce que l’amour pourrait avoir de péjoratif, de simplement désirable.

    25. je me sentais chargée d’une mission que j’accomplissais avec orgueil

      Nouvelle vocation

    26. Ce déséquilibre qui me vouait à la contestation explique en grande partie que je sois devenue une intellectuelle.

      genèse de Beauvoir contestataire