Synthèse de la Réflexion Éthique et du Partenariat en Santé
Résumé Exécutif
Ce document synthétise les interventions du Professeur Michel Clanet lors de la journée « Redonner du sens », consacrée au partenariat en santé et à l'éthique. L'analyse met en lumière le rôle pivot des Espaces de Réflexion Éthique (ERE) dans l'acculturation des professionnels et des citoyens aux enjeux de la bioéthique.
Les points clés incluent :
• La redéfinition de la relation de soin comme une rencontre entre deux vulnérabilités (soignant et soigné), visant une horizontalité accrue via le partenariat.
• La distinction entre conscience professionnelle et conscience morale, dont le conflit génère le « dilemme éthique ».
• L'institutionnalisation de la réflexion éthique par le dialogue collégial, indispensable pour éclairer la décision clinique et institutionnelle.
• L'élargissement de l'éthique à la démocratie en santé, intégrant la prévention, la santé environnementale et la lutte contre les inégalités sociales.
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I. Les Espaces de Réflexion Éthique (ERE) : Cadre et Missions
Les ERE sont des structures institutionnelles nées d'un concept de 2004 et créées officiellement en 2012. Ils dépendent du ministère de la Santé (DGOS) et sont rattachés aux centres hospitaliers universitaires (CHU). En Occitanie, le site principal se situe à Toulouse, avec un site d’appui à Montpellier.
Missions principales
Leurs actions s'articulent autour de deux axes majeurs :
1. Secteur du soin et de l'accompagnement :
◦ Former et acculturer les professionnels à la réflexion éthique et à la bioéthique. ◦ Répondre aux exigences de certification des établissements de santé et médico-sociaux. ◦ Produire des guides pratiques (ex: La collégialité au domicile, La prise en charge de la vulnérabilité au domicile).
2. Secteur de la cité et du citoyen :
◦ Agir comme prolongement régional du Comité Consultatif National d'Éthique (CCNE). ◦ Organiser des États Généraux de la Santé (prochaine session au printemps 2026) pour recueillir la vision citoyenne sur des thèmes comme l’intelligence artificielle, la fin de vie, la PMA ou la santé environnement.
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II. Fondements Conceptuels de la Relation de Soin
L'éthique en santé s'appuie sur une distinction entre la technique et l'intentionnalité.
La double dimension du soin (selon Frédéric Vorms)
Toute pratique de soin comporte deux éléments inséparables :
• Soigner quelque chose : L'aspect pratique et technique visant à traiter une maladie ou une souffrance isolée.
• Soigner quelqu'un : La dimension relationnelle et intentionnelle. Le soin s'exerce par égard pour autrui ; il ne suffit pas de pouvoir soigner, il faut le vouloir.
La phénoménologie de l'attention (selon Jean-Philippe Pierron)
La relation de soin se décline en trois niveaux d'attention :
• Faire attention : Prendre conscience de la vulnérabilité de l'autre.
• Être attentif : Exercer sa compétence technique et professionnelle.
• Être attentionné : Porter un regard de sollicitude et de disponibilité vers l'autre.
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III. La Démarche de Réflexion Éthique en Pratique
L'éthique n'est pas qu'un cadre normatif ; c'est un engagement et un questionnement permanent sur la légitimité de l'action (« Que faut-il faire pour bien faire ? »).
Le dilemme éthique
Le dilemme naît d'un glissement ou d'un conflit entre :
• La conscience professionnelle, parfois prisonnière de la connaissance technique et des procédures.
• La conscience morale, qui renvoie aux valeurs fondamentales.
Le dialogue collégial
Pour résoudre une situation complexe, les structures éthiques privilégient le dialogue collégial, dont les caractéristiques sont :
• Absence de hiérarchie : La parole d'un médecin, d'un cadre ou d'un directeur a la même valeur que celle des autres professionnels.
• Multiplicité des regards : Écoute de tous les acteurs, y compris le recueil de la voix du patient.
• Éclairage et non décision : La réunion collégiale n'est pas un organe décisionnel mais une instance qui éclaire le responsable de la décision finale.
Les principes cardinaux de l'éthique
La réflexion s'appuie sur quatre piliers fondamentaux :
1. Le respect de l'autonomie (liberté de choix).
2. La bienfaisance (agir pour le bien).
3. La non-malfaisance (éviter de nuire).
4. La justice et l'équité.
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IV. Éthique et Partenariat en Santé : Une Convergence
Le partenariat en santé est présenté comme un levier éthique majeur permettant de rééquilibrer la relation de soin.
| Concept clé | Impact Éthique | | --- | --- | | Horizontalité | Lutte contre le « pouvoir du sarrau » (pouvoir médical) pour établir une relation plus égalitaire. | | Reconnaissance réciproque | Admettre que la vulnérabilité est partagée entre le soigné (besoin de soin) et le soignant (limites techniques/morales). | | Savoirs expérientiels | Reconnaissance par le soignant que le patient possède des savoirs propres et multiples. | | Pouvoir d'agir | Renforcement de l'autonomie et de la liberté de choix du patient (Empowerment). |
Note critique : Une interrogation subsiste quant à l'équité d'accès au statut de « patient partenaire ». Il existe un risque de biais de recrutement, où certains profils pourraient ne pas se sentir légitimes pour assumer ce rôle.
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V. Perspective Macro : Démocratie en Santé et Prévention
Le partenariat doit dépasser le cadre individuel du soin pour s'inscrire dans une dimension politique et sociale.
• Plaidoyer pour le partenariat : Nécessité de communiquer davantage pour convaincre les acteurs encore réticents ou ignorants du concept.
• Inégalités sociales de santé : Urgence d'aller vers les populations « invisibles » et précaires pour garantir une véritable équité dans le partenariat.
• Prévention et Citoyenneté : La santé commence dès l'enfance et concerne le maintien du bien-être. Le citoyen doit être acteur de la prévention, notamment face aux déterminants environnementaux (ex: maladies professionnelles liées aux pesticides chez les agriculteurs).
Conclusion : Le partenariat en santé et la démocratie sanitaire relèvent d'un même combat éthique visant à impliquer fondamentalement les citoyens dans la gestion de leur santé et de leur environnement.