Synthèse de l'Audition d'Édouard Geffray sur la Protection des Mineurs et la Prévention des Violences en Milieu Scolaire
Résumé Exécutif
Ce document présente les points saillants de l'audition d'Édouard Geffray devant la commission spéciale de l'Assemblée nationale concernant la proposition de loi intégrale contre les violences sexuelles.
Les éléments clés à retenir sont les suivants :
- Urgence Statistique : Environ 10 % des enfants sont victimes de violences sexuelles, soit deux à trois enfants par classe.
L'Éducation nationale est devenue le premier signaleur de France avec plus de 13 000 signalements de violences sexuelles l'année dernière (+32 %).
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Arbitrage Stratégique : Le ministère privilégie l'instauration d'un questionnaire universel adossé aux séances d'éducation à la vie affective (ÉVAR/ÉVARS) plutôt que l'entretien individuel annuel systématique (Article 30), jugé logistiquement irréalisable.
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Contraintes de Moyens : La généralisation des entretiens individuels nécessiterait entre 7 500 et 15 000 équivalents temps plein (ETP) dédiés, un vivier inexistant sur le marché du travail actuel.
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Sécurisation de l'École : Un renforcement majeur des contrôles d'honorabilité est en cours pour créer un "fichier des interdits d'école", empêchant toute personne écartée pour comportement inapproprié de réintégrer l'institution.
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Déploiement de l'ÉVAR/ÉVARS : Bien que massif en primaire (92 % des écoles), le déploiement reste lacunaire au collège (25 %) et au lycée (9 %), avec un effort de formation ciblant 140 000 personnels d'ici fin 2025.
I. État des Lieux et Rôle de l'Éducation Nationale
L'école est réaffirmée comme un lieu de confiance essentiel pour la libération de la parole des enfants.
Les données chiffrées soulignent l'ampleur du phénomène et l'activité croissante de l'institution en matière de protection.
Statistiques et Signalements
| Indicateur | Données de référence | | --- | --- | | Prévalence des violences sexuelles | ~10 % des enfants (2 à 3 par classe) | | Informations préoccupantes / Art. 40 (Total) | 88 000 en 2025-2026 (contre 50 000 trois ans plus tôt) | | Signalements pour violences sexuelles | 13 269 l'année dernière (+32 % sur un an) | | Dossiers d'agressions internes (adultes) | 266 dossiers en cours, 45 révocations prononcées |
Dispositifs de Protection mis en place
Le ministère a instauré plusieurs outils pour structurer la réponse institutionnelle :
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Guide de signalement : Envoyé en mars 2024 à chaque établissement pour clarifier les procédures (Article 40).
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Délégué à la protection des enfants : Un poste indépendant créé pour accompagner les familles jugeant la prise en charge d'un signalement insatisfaisante.
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Continuité de sécurité : Une approche "de la porte à la porte" visant à supprimer les zones d'ombre entre les temps scolaires et périscolaires.
II. Analyse de l'Article 30 : Entretien Individuel vs Questionnaire
Le cœur du débat porte sur la mise en œuvre de l'article 30 de la proposition de loi, qui prévoit un entretien individuel annuel pour chaque élève de la maternelle à la majorité.
1. La solution ministérielle : Le Questionnaire Universel
Plutôt qu'un entretien frontal d'emblée, le ministère propose un questionnaire adapté à l'âge (4 à 5 versions, de la grande section à la terminale), conçu avec des experts (CIVISE, pédopsychiatres, magistrats).
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Fonctionnement : Adossé à une séance d'ÉVAR/ÉVARS, il permet à l'enfant de déclarer des faits sous forme anonyme ou nominative.
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Objectif : Servir de "processus préparatoire" et de déclencheur pour un entretien approfondi avec un professionnel de santé ou social pour les enfants identifiés comme victimes.
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Calendrier : Diffusion prévue à la mi-octobre, avec une passation progressive en novembre et décembre.
2. Les critiques de l'entretien individuel universel
L'administration soulève des objections majeures contre la systématisation de l'entretien individuel pour les 12 millions d'élèves :
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Impact psychologique : Risque d'intimidation pour les 90 % d'enfants non concernés, confrontés seuls à deux adultes.
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Risque de stigmatisation : La sortie successive des élèves de la classe pourrait générer des curiosités malveillantes entre pairs ("Qu'est-ce que tu leur as dit ?").
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Inaisabilité technique : Un entretien de 30 minutes pour chaque élève représenterait 12 millions d'heures, soit 7 500 ETP. Si l'entretien dure une heure, le besoin monte à 15 000 ETP.
III. Moyens Humains et Budgétaires
La question du recrutement des personnels médico-sociaux est un point de tension central entre les ambitions législatives et la réalité du terrain.
Pénurie de "Vivier"
Le ministère souligne une limite structurelle de recrutement, indépendante des budgets :
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Médecins scolaires : Un taux de couverture des concours qui s'améliore (89 % cette année) mais part de très bas (700 médecins actuellement contre 1 167 il y a dix ans).
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Infirmières : Une capacité de recrutement limitée à environ 400 à 500 personnels par an.
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Trajectoire budgétaire : Création de 300 postes en 2026 et 300 autres prévus en 2027 pour les personnels de santé et sociaux.
Mobilisation des personnels existants
Pour prendre en charge les 10 % d'enfants victimes, le ministère compte mobiliser :
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8 000 infirmières.
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8 600 psychologues de l'Éducation nationale.
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3 500 assistants sociaux.
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Un renfort interministériel (ministère de la Santé) pour l'accès à des psychologues extérieurs en cas d'afflux de demandes.
IV. Renforcement de l'Honorabilité et de la Discipline
L'article 33 de la proposition de loi vise à durcir le contrôle de ceux qui encadrent les mineurs.
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Fichier des interdits : L'objectif est d'empêcher toute personne condamnée ou ayant fait l'objet d'une révocation/licenciement pour comportement inapproprié dans le sport ou le périscolaire d'entrer dans l'institution scolaire.
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Suspension conservatoire : En cas de signalement sérieux contre un personnel, la suspension est immédiate.
Elle est considérée comme une mesure de protection et non une sanction.
- Enquêtes administratives : Une consigne de réactivité est donnée aux recteurs pour débuter les actes d'enquête dans les 48 heures suivant le signalement.
V. Défis de mise en œuvre : ÉVAR et Outre-mer
Éducation à la vie affective (ÉVAR/ÉVARS)
Le déploiement des trois séances annuelles obligatoires rencontre des obstacles :
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Formation : 80 000 personnels formés l'an dernier, 60 000 supplémentaires d'ici décembre 2024.
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Programmation : Obligation pour les chefs d'établissement de présenter la programmation de ces séances en conseil d'école ou d'établissement.
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Inégalités : Très faible taux d'application au lycée (9 %), souvent dû à un manque d'heures fléchées.
Situation en Outre-mer
Une dynamique de rattrapage est observée dans les territoires ultramarins, historiquement marqués par une sous-déclaration :
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Mayotte : +225 % de signalements en un an.
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La Réunion : +73 %.
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Guyane et Guadeloupe : ~ +20 %.
VI. Citations Clés
« Nous n’avons pas d’autre possibilité que d’avoir une rupture majeure qui donne universellement la parole à nos enfants. » — Édouard Geffray
« L'idée n'est pas de faire un questionnaire "Geffray", c'est un questionnaire d'experts et d'associations. » — Édouard Geffray
« Si une famille dépose son enfant à la porte de l'école, il faut assurer la sécurité de la porte à la porte. » — Édouard Geffray
« 10 % des enfants victimes... ce chiffre monstrueux devrait faire s'arrêter la société entière. » — Édouard Geffray