20 Matching Annotations
  1. Apr 2020
  2. Dec 2019
    1. L'"effet imaginaire" de certains objets sur la perception temporelle du narrateur : les livres et le téléphone.

      p. 115

      livres dont j’avais appris finalement à couper les pages pour ne pas constater, quelques mois plus tard, qu’ils étaient intacts.

      p. 121

      À partir du vendredi à la première heure, le téléphone m’inspira de l’inquiétude. J’étais indigné par le fait que cet instrument, qui m’avait fait entendre quelquefois la voix désormais perdue de Beatriz, pût se rabaisser à être un réceptacle des lamentations inutiles et peut-être de la colère de Carlos Argentino Daneri que j’avais trompé.

      Selon l'arbre sémantique établi par Francesco Orlando dans Les Objets désuets dans l'imagination littéraire, ces "images de corporéité non fonctionnelle" (livres intacts et téléphone) paraissent produire deux "effets imaginaires" distincts : les livres, dont le narrateur coupe les pages, produirait une perception individuelle de l'écoulement du temps (le "désolé-disloqué"), alors que le téléphone, provoquant l'inquiétude du narrateur en même temps qu'il évoque le souvenir de Beatriz, produirait un double effet : une incidence "brute" et menaçante sur le "temps actuel" (le "stérile-nocif") et une perception "complaisante" du temps qui passe (le "mémoriel-affectif").

    2. p. 120

      Il injuria amèrement les critiques ; puis, plus bienveillant, il les compara aux gens « qui ne disposent pas de métaux précieux ni de presses à vapeur, de laminoirs et d’acide sulfurique pour le monnayage de trésors, mais qui peuvent indiquer aux autres le lieu où se trouve un trésor.»

      Un renversement du discours de Socrate au livre X de La République, l'inutilité de la poésie se transformant, dans le discours de Daneri cité par le narrateur, en inutilité de la critique (la theoría devenue simulacre)?

      Crois-tu que si quelqu'un était capable de produire les deux choses, à la fois l'objet à imiter et le simulacre, il consacrerait ses efforts à la production artistique des simulacres et en ferait une priorité dans sa propre vie, comme s'il s'agissait de l'objet supérieur de son existence? (République, X, 599 a-b)

    3. p. 117

      Il me lut d’autres nombreuses strophes qui eurent aussi son approbation et provoquèrent un abondant commentaire.

      Ce procédé d'autocommentaire de Carlos Argentino Daneri imite la stratégie autocitationnelle (l'"assemplare") à laquelle a recours Alighieri Dante dans sa Vita Nuova. Mais à la différence de Dante qui, tel un scribe, retranscrit sa production poétique dans le "Livre de [sa] mémoire", les strophes de Daneri ne présente pour le narrateur "rien de mémorable".

  3. Nov 2019
    1. p. 126.

      -- Formidable. Oui, formidable.

      L’indifférence de ma voix m'étonnait.

      Le narrateur a vu l'infini - rien ne peut susciter en lui quoique ce soit, désormais?

    2. p. 126.

      [...] je vis ton visage [...]

      Adresse au lecteur ? Beatriz ? Dieu ? L'univers ?

      Je pencherais plus pour ces deux dernières options, vu la mention de "cet objet secret et dont les hommes usurpent le nom" à la ligne suivante.

    3. p. 124

      Tout langage est un alphabet de symboles dont l’exercice suppose un passé que les interlocuteurs partagent ; comment transmettre aux autres l’Aleph infini que ma craintive mémoire embrasse à peine ?

      Passage à considérer en ayant en tête la linguistique saussurienne? Limite du language, échec du système

    4. p. 120.

      Encore selon wiki : Alvaro Melian Lafinur est un cousin de Borges, et, d'ailleurs, le premier à avoir publié ses écrits - une traduction du Happy Prince and Other Tales d'Oscar Wilde, rédigée à l'âge de neuf ans!

    5. p. 116.

      Jean-Christophe Lafinur (ou, dans la version originale, Juan Crisóstomo Lafinur, selon wiki) semble être un aïeul de Borges. La plupart des sites que j'ai trouvés à ce sujet n'ont pas été traduits de l'espagnol, donc je n'en sais malheureusement pas plus. Si quelqu'un en sait plus à ce sujet, ça serait fantastique, merci!

    6. p. 21.

      Quand s’approche la fin, il ne reste plus d’images du souvenir ; il ne reste plus que des mots. Il n’est pas étrange que le temps ait confondu ceux qui une fois me désignèrent avec ceux qui furent symboles du sort de l’homme qui m’accompagna tant de siècles. J’ai été Homère ; bientôt, je serai Personne, comme Ulysse ; bientôt, je serai tout le monde : je serai mort.

      magnifique ; intéressant questionnement de l'identité, du souvenir personnel et collectif

    7. p 15.

      [...] je pensai que nos perceptions étaient identiques, mais qu’Argos les combinait de façon différente et construisait avec elles d’autres objets [...] j’examinai la possibilité d’un langage qui ignorerait les substantifs, un langage de verbes impersonnels et d’épithètes indéclinables.

      Passage intéressant, lien étroit entre pensée abstraite et langage

    8. p. 13

      Dans les palais que j’explorai imparfaitement, l’architecture était privée d’intention. [...] « Cette ville, pensais-je, est si horrible que sa seule existence et permanence, même au cœur d’un désert inconnu, contamine le passé et l’avenir, et de quelque façon compromet les astres. Aussi longtemps qu’elle subsistera, personne au monde ne sera courageux ou heureux. »

      L'absence d'intention, l'existence injustifiable, inutile, suscite une horreur indescriptible. Peut-on la relier aux travaux de Sartre sur l'existentialisme? Pas entièrement sûre, mais possibilité?

    9. p. 9

      J'ignore si j'ai cru une seule fois à la Cité des Immortels ; je pense qu'il me suffisait d'avoir à la chercher.

      Quête, recherche est un but en soi. force motrice

    10. p. 121 :

      Je précisais, pour plus de vraisemblance, que je ne parlerais pas le lundi suivant à Alvaro, mais le jeudi : au cours du petit dîner qui couronne d’habitude toutes les réunions du club des Écrivains (<mark>ces dîners n’existent pas, mais il est irréfutable que les réunions ont lieu le jeudi</mark>, fait que Carlos Argentino Daneri pouvait vérifier dans les journaux et qui donnait à la phrase une allure de vérité).

      Borges s’amuse souvent avec la fiction, à inventer des passages hyperboliques complètement farfelus (et qui ne sont pourtant pas si inutiles – on n’a qu’à se tourner vers la réalité pour se rendre compte de la lucidité de cette invention). 🙃

    11. Aleph p. 143

      Aleph) est à la fois la première lettre de l'alphabet hébreu et le chiffre 1. Il signifie l'origine de l'univers, le premier qui contient tous les autres nombres. En mathématiques il dénote les ensembles infinis -- il n'est pas anodin de noter ce fait étant donné que l'infini est un thème récurrent chez Borges. Selon Wikipédia, l'aleph rappelle la monade telle que conceptualisée par Gottlieb Wilhelm Leibniz, philosophe du XVIIe siècle. Tout comme l'aleph de Borges recense la trace de toute autre chose dans l'univers, la monade agit comme un miroir vers tous les autres objets (toutes les autres monades) du monde.

  4. Dec 2016
  5. Feb 2016
    1. Borges “Like works of literature, mathematical ideas help expand our circle of empathy, liberating us from the tyranny of a single, parochial point of view.”
    1. Each year a person hears four or five anecdotes that are very good, precisely because they’ve been worked on. Because it’s wrong to suppose that the fact that they’re anonymous means they haven’t been worked on. On the contrary, I think fairy tales, legends, even the offcolor jokes one hears, are usually good because having been passed from mouth to mouth, they’ve been stripped of everything that might be useless or bothersome. So we could say that a folk tale is a much more refined product than a poem by Donne or by Góngora or by Lugones, for example, since in the second case the piece has been refined by a single person, and in the first case by hundreds.

      It could be applied to the "open-source" software philosophy.

    1. I’m sorry to have to tell you that books are now considered an endangered species. By books, I also mean the conditions of reading that make possible literature and its soul effects. Soon, we are told, we will call up on “bookscreens” any “text” on demand, and will be able to change its appearance, ask questions of it, “interact” with it. When books become “texts” that we “interact” with according to criteria of utility, the written word will have become simply another aspect of our advertising-driven televisual reality. This is the glorious future being created, and promised to us, as something more “democratic.” Of course, it means nothing less than the death of inwardness — and of the book.

      Letter to Borges: Susan Sontag on Books, Self-Transcendence, and Reading in the Age of Screens

    2. Books are not only the arbitrary sum of our dreams, and our memory. They also give us the model of self-transcendence. Some people think of reading only as a kind of escape: an escape from the “real” everyday world to an imaginary world, the world of books. Books are much more. They are a way of being fully human.

      Letter to Borges: Susan Sontag on Books, Self-Transcendence, and Reading in the Age of Screens