Rapport de Briefing : État du Sexisme en France et Menace Masculiniste (Édition 2026)
Synthèse de la Direction
Le rapport 2026 du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) révèle une société française où le sexisme demeure un système structurel et systémique, malgré une condamnation morale de principe.
Le sexisme s'articule autour d'une double dimension : hostile (rejet explicite) et paternaliste (protection infantilisante).
Un focus inédit souligne l'émergence d'une menace radicale : le masculinisme.
Cette idéologie structurée, alimentée par les réseaux sociaux et des financements transnationaux, ne se limite plus à la sphère numérique mais constitue désormais un enjeu de sécurité nationale.
Le rapport appelle à une réponse publique coordonnée, allant de la régulation algorithmique des plateformes à une stratégie nationale de lutte contre la radicalisation misogyne.
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I. La Structuration du Sexisme en France
L'analyse du baromètre 2026, reposant sur l'Inventaire du sexisme ambivalent, démontre que le sexisme n'est pas monolithique mais bi-dimensionnel.
1. Les deux visages de l'idéologie sexiste
• Le Sexisme Hostile (17 % de la population) : Concerne environ 10 millions d'individus.
Il se manifeste par une dévalorisation systématique des femmes, perçues comme manipulatrices ou inaptes.
Il est particulièrement présent chez les hommes (23 %) et corrélé aux appartenances politiques de droite/extrême droite et aux convictions religieuses.
• Le Sexisme Paternaliste (23 % de la population) : Concerne 12,5 millions de personnes.
Plus insidieux, il se pare d'une apparente bienveillance (femmes perçues comme "naturellement douces" ou devant être "protégées").
Il enferme les femmes dans une dépendance structurelle et bénéficie d'une plus grande acceptation sociale.
2. Fractures générationnelles et de genre
On observe une polarisation croissante des perceptions, appelée « Gender Gap » :
• Jeunesse (15-24 ans) : 75 % des jeunes femmes considèrent le fait d'être une femme comme un désavantage massif, contre seulement 42 % des jeunes hommes.
• Séniors (65 ans et plus) : La reconnaissance des inégalités chute drastiquement ; près de la moitié des hommes et des femmes de cette catégorie estiment que l'égalité est « déjà atteinte ».
• Le récit de l'inversion : 16 % de la population (et une part croissante de jeunes hommes) adhèrent au discours masculiniste prétendant que les hommes sont désormais les principaux désavantagés de la société.
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II. Un Continuum de Violences et une Culture du Viol Persistante
Le sexisme ordinaire (blagues, remarques) constitue le moteur d'un continuum menant aux violences les plus graves.
1. Statistiques critiques de l'expérience féminine
• Harcèlement et agressions : 84 % des femmes ont déjà vécu une situation sexiste. 62 % ont subi du harcèlement dans l'espace public.
• Violences sexuelles : 21 % des femmes déclarent avoir été victimes d'un viol.
Dans les transports, 91 % des victimes de violences sexuelles sont des femmes.
• Défiance institutionnelle : 66 % des femmes ne font pas confiance à la justice.
Ce sentiment est corroboré par les chiffres : les condamnations ne représentent que 3,3 % des plaintes pour viols.
2. Les paradoxes du comportement masculin
Le rapport souligne un écart frappant entre les principes déclarés et les actes :
• Consentement : Si seulement 7 % des hommes jugent acceptable d'insister pour un rapport, 26 % avouent avoir déjà douté du consentement de leur partenaire sans pour autant cesser l'acte.
• Consommation de contenus : 82 % des hommes désapprouvent moralement la pornographie, mais 63 % en consomment régulièrement.
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III. Focus : La Menace Masculiniste
Le masculinisme est défini comme un mouvement réactionnaire défendant les privilèges masculins sous couvert de dénoncer une « crise de la masculinité ».
1. La Nébuleuse de la Manosphère
Le masculinisme s'organise en plusieurs sous-communautés distinctes mais poreuses :
| Groupe | Caractéristiques et Discours | | --- | --- | | Incels (Célibataires involontaires) | Groupe le plus dangereux. Haine extrême des femmes, glorification de la violence de masse et des terroristes misogynes. | | MRA (Men's Rights Activists) | Militants des droits des pères. Utilise une rhétorique victimaire sur la garde des enfants pour contester les avancées féministes. | | PUA (Pick-up Artists) | "Coachs en séduction" utilisant des techniques de manipulation et de coercition s'apparentant à une stratégie d'agresseur. | | MGTOW | Prônent un retrait total des relations avec les femmes, perçues comme manipulatrices et vénales. | | Tradwives | Femmes valorisant un retour aux rôles domestiques traditionnels et à la soumission, légitimant ainsi l'ordre patriarcal. |
2. Un enjeu de Sécurité Nationale
Le masculinisme n'est plus une simple dérive numérique. Il est devenu un vecteur de radicalisation :
• Terrorisme : En juin 2025, un attentat masculiniste (mouvance Incel) a été déjoué à Saint-Étienne.
Le Parquet national anti-terroriste (PNAT) s'est saisi de l'affaire.
• Influence géopolitique : Le rapport note une convergence entre les mouvements masculinistes, l'extrême droite mondiale et des financements massifs (1,18 milliard de dollars alloués aux acteurs anti-genre en Europe entre 2019 et 2023).
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IV. La Responsabilité des Plateformes Numériques
Les réseaux sociaux (TikTok, X, YouTube) sont identifiés comme des accélérateurs de la haine envers les femmes.
• Amplification algorithmique : Les algorithmes favorisent les contenus clivants et toxiques pour maximiser l'engagement.
Les adolescents de 13-17 ans sont particulièrement exposés à des bulles de misogynie.
• Cybersexisme : 84 % des victimes de discours de haine en ligne sont des femmes.
• Nouvelles menaces : Les "deepfakes" à caractère sexuel visent à 99 % des femmes.
• Limites de la régulation : Malgré le Règlement sur les Services Numériques (RSN), la modération reste insuffisante.
Les plateformes privilégient leur modèle économique basé sur l'économie de l'attention.
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V. Recommandations Stratégiques du HCE
Le HCE propose 26 recommandations articulées autour de trois axes majeurs :
Axe 1 : Éducation et Culture de l'Égalité
• Éducation (EVARS) : Rendre les séances d'éducation à la vie affective et sexuelle obligatoires (6h/an), avec un programme national et des financements dédiés.
• Conditionnalité de la commande publique : Exclure des marchés publics les entreprises ne respectant pas leurs obligations de prévention des violences sexistes.
• Budget sensible au genre : Instaurer un mécanisme budgétaire contraignant pour évaluer l'impact des dépenses publiques sur l'égalité.
Axe 2 : Régulation du Numérique
• Transparence algorithmique : Contraindre les plateformes à l'intelligibilité de leurs algorithmes de recommandation.
• Soutien aux signaleurs de confiance : Garantir un financement stable aux associations qui notifient les contenus illicites.
• Contrôle des utilisateurs : Permettre aux individus de personnaliser leurs propres algorithmes de modération.
Axe 3 : Sécurité et Lutte contre la Radicalisation
• Stratégie Nationale : Créer un plan interministériel de lutte contre la radicalisation masculiniste.
• Doctrine de Renseignement : Intégrer le « terrorisme misogyne » dans les cadres d'analyse de la DGSI.
• Observatoire National : Confier au HCE une mission d'observatoire permanent du masculinisme et des radicalisations sexistes.