Santé et bien-être des élèves : Vers une École Promotrice de Santé
Ce document de synthèse analyse les interventions et les conclusions issues de l'émission « Opériscope » de l'IH2EF consacrée à la santé et au bien-être des élèves.
Il détaille les cadres institutionnels, les fondements scientifiques et les modalités de mise en œuvre sur le terrain.
Synthèse de la problématique
La santé et le bien-être ne sont plus considérés comme des préoccupations périphériques à l'école, mais comme des conditions essentielles de la réussite scolaire.
L'institution s'éloigne d'une vision purement médicale pour adopter une approche globale et systémique. La stratégie nationale s'appuie sur deux piliers : le Parcours Éducatif de Santé (PES) et la démarche École Promotrice de Santé (EPSA).
L'enjeu majeur est de passer d'actions ponctuelles à une culture d'établissement durable, intégrant le développement des compétences psychosociales (CPS), l'amélioration du climat scolaire et une coopération étroite avec les partenaires territoriaux.
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1. Cadres conceptuels et institutionnels
Une vision globale de la santé
Conformément à la définition de l'OMS, la santé à l'école est perçue comme un état de complet bien-être physique, mental et social.
• Lien avec la réussite : Les données (Talis, OCDE, Cnesco) confirment que le stress et le mal-être pèsent sur les apprentissages. Inversement, un environnement favorable réduit l'absentéisme et améliore la concentration.
• Engagement des personnels : Le bien-être des enseignants, lié à leur sentiment de reconnaissance, est indissociable de la qualité du climat scolaire.
Le Parcours Éducatif de Santé (PES)
Le PES structure l'accompagnement de l'élève de la maternelle au lycée autour de trois axes :
1. Éducation à la santé : Développer des connaissances et des capacités pour faire des choix éclairés.
2. Prévention : Agir sur les facteurs de risque (conduites à risque, écrans, alimentation).
3. Protection : Garantir un environnement sécurisant et orienter vers les soins si nécessaire.
La démarche École Promotrice de Santé (EPSA)
Lancée en 2020 en France (mais existant depuis 1995 à l'international), l'EPSA est une démarche systémique visant à :
• Coordonner les actions de promotion de la santé préexistantes.
• Améliorer l'environnement physique et social de la scolarité.
• Favoriser les comportements favorables à la santé dès le plus jeune âge.
• La labellisation : Elle agit comme un catalyseur et un levier de reconnaissance des projets, plutôt que comme une fin en soi.
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2. Les leviers de l'efficacité selon la recherche
Karine Simar souligne que 30 ans de recul scientifique permettent d'identifier les critères d'une démarche « de qualité ».
Les trois dimensions de l'efficacité (Référentiel Santé Publique France)
• Pratiques éducatives : Elles doivent être intégrées, positives, expérientielles et actives, combinant rituels et approches informelles.
• Environnement soutenant : Qualité des relations sociales et sécurité affective dans les espaces physiques.
• Démarche collective : Les actions doivent devenir un « objet commun » au sein de l'établissement, soutenu par une formation de qualité.
Le projet "Alliance" : Un modèle de recherche-action
Ce projet, couvrant 101 écoles et 10 000 élèves, a démontré l'importance de :
• Le diagnostic partagé : Identifier les problèmes spécifiques à chaque école, car « chaque école est unique ».
• Le protocole de signalement : Articuler le pédagogique et le médical (services de santé scolaire) selon la dégradation des indicateurs.
• La durabilité : Une étude sur 10 ans montre que la pérennité des projets dépend de l'implication collective dès le départ et de la planification des actions dans le temps.
« 50 % des déterminants de la mise en œuvre d'une démarche de qualité sont en lien avec la qualité du travail collectif. » — Karine Simar
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3. Mise en œuvre opérationnelle en établissement
L'expérience de terrain montre que le passage à l'action nécessite une méthodologie rigoureuse pilotée par le chef d'établissement.
Construction du diagnostic
Il s'appuie sur des données fiables et croisées :
• Bilans infirmiers et sociaux.
• Indicateurs de vie scolaire (absentéisme, violences verbales, accidents).
• Enquêtes locales de climat scolaire.
• Auto-évaluation de l'établissement impliquant le conseil pédagogique et le CESCE.
Transformation des espaces et des pratiques : Exemples concrets
| Domaine | Action exemplaire | Impact attendu |
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| Espaces de vie | Aménagement d'un hall interdit en galerie d'art et lieu de mentorat. | Responsabilisation, sentiment d'appartenance, autonomie. |
| Pédagogie | "Classe dehors", médiation artistique, innovation pédagogique. | Engagement, réduction du stress, plaisir d'apprendre. |
| Climat scolaire | Installation d'un piano en libre-service, rénovation des toilettes. | Sécurité affective, entraide entre pairs, bien-être quotidien. |
| Citoyenneté | Formations GQS (Gestes qui sauvent), PSC1, dispositif Sentinelles (PHARE). | Solidarité, pouvoir d'agir, engagement républicain. |
Le rôle du chef d'établissement
Il est le garant de la cohérence globale. Son action se décline en trois axes :
1. Donner du sens : Inscrire la santé dans le projet d'établissement.
2. Fédérer : Mobiliser les instances (CVC, CVL, CESCE) et coordonner les acteurs.
3. Piloter et évaluer : Ajuster les actions en fonction des indicateurs de réussite et de participation.
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4. Stratégie et pilotage à l'échelle départementale
Christian Mindivé (DASEN) souligne l'urgence de traiter la dégradation de la santé psychique et physique des élèves (sédentarité, troubles du comportement dès la maternelle).
Le Pôle Santé Départemental
La création d'un pôle unique permet de dépasser le travail en « silos » :
• Réunir médecins, psychologues, conseillers techniques et inspecteurs.
• Apporter une réponse globale aux chefs d'établissement.
• Accompagner le diagnostic et valider les ressources de formation.
Observatoire de la santé mentale
Cet outil novateur vise à objectiver les besoins du terrain à travers :
• L'élaboration de questionnaires types.
• L'expérimentation dans des réseaux de collèges/lycées cibles.
• L'accompagnement opérationnel des protocoles nationaux.
Synergie avec l'activité physique
L'apprentissage est indissociable du mouvement.
• Objectif : Généraliser les 30 minutes d'activité physique quotidienne (APQ) et encourager les pédagogies actives.
• Partenariats : Coopération nécessaire entre l'UNSS, l'USEP et les collectivités territoriales pour l'accès aux équipements sportifs.
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5. Partenariats et formation : Les clés de la réussite
Une responsabilité partagée
L'école ne peut agir seule. La frontière de sa responsabilité s'arrête là où commence le soin, mais elle doit collaborer avec :
• L'ARS et la CPAM : Pour les enjeux de prévention et de santé publique.
• La CAF : Pour le soutien à la parentalité et la coéducation.
• Les collectivités : Pour l'aménagement des locaux et les temps périscolaires.
Enjeux de la formation
• Inter-catégorialité : Former ensemble enseignants, personnels de santé, agents et acteurs du périscolaire (ex: former les ATSEM avec les professeurs).
• Formation initiale et continue : La légitimité des acteurs doit se construire dès le début de la carrière à travers un curriculum dédié aux compétences psychosociales.
• Acculturation : Clarifier le rôle de chacun pour éviter que les enseignants ne se sentent investis d'une mission médicale qui n'est pas la leur.
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Conclusion : Les prérequis d'une démarche durable
Pour éviter l'écueil du « saupoudrage » ou des actions sans lendemain, quatre conseils majeurs ressortent :
1. Le diagnostic préalable : Ne pas agir sans avoir identifié les besoins spécifiques du terrain.
2. L'intégration au projet d'établissement : La santé doit être le socle, pas une option.
3. La valorisation et la communication : Communiquer en interne et en externe pour stabiliser la nouvelle identité de l'établissement.
4. L'écoute des acteurs : Placer le pouvoir d'agir des élèves et des équipes au centre du processus.
« Prendre soin du bien-être, c'est agir sur la réussite et l'égalité des chances. » — Sabine Carotti