Document de Synthèse : Le Programme EVARS – Enjeux, Histoire et Mise en Application
Résumé Exécutif
L’adoption à l’unanimité du programme EVARS (Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle) par le Conseil supérieur de l’éducation le 3 février 2025 marque un tournant historique dans le système éducatif français.
Fruit de plus de 50 ans de luttes et d'évolutions législatives, ce programme vise à institutionnaliser une éducation complète à la sexualité, de la maternelle à la terminale.
L'objectif central est de transformer une obligation légale souvent négligée — la loi Aubri de 2001 prévoyant trois séances annuelles — en une réalité pédagogique concrète.
Les enjeux sont multiples : prévention des violences sexuelles (touchant statistiquement trois enfants par classe), lutte contre les stéréotypes de genre, promotion du consentement et déconstruction des représentations toxiques issues notamment de la pornographie.
Malgré cette victoire institutionnelle, la mise en œuvre se heurte à des défis persistants : une désinformation active de mouvements traditionalistes, un manque de formation des personnels et des contraintes de financement.
La réussite du programme repose désormais sur une synergie entre l'institution scolaire, les associations expertes et l'implication des familles.
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1. Perspective Historique et Évolution Légale
L'éducation à la sexualité n'est pas un concept récent, mais son approche a radicalement évolué, passant d'une logique de contrôle à une logique d'émancipation.
1.1. Les prémices (XIXe - milieu XXe siècle)
• Fin du XIXe siècle : Apparition des premiers textes, oscillant entre la préservation de l'innocence enfantine et des impératifs de santé publique (lutte contre la syphilis et enjeux démographiques).
• 1947-1948 : Le rapport de l'inspecteur général François marque la première prise en compte institutionnelle de la nécessité d'une éducation à la sexualité.
1.2. De l'information à l'éducation (1973 - 2001)
• 1973 : Une circulaire fondamentale distingue l'information sexuelle (reproduction, assurée par les SVT) de l'éducation à la sexualité (dimension affective et sociale).
• 1998 : Sous l'impulsion de Jack Lang, la circulaire "Toutmonde" met l'accent sur la prévention du sida.
• 4 juillet 2001 (Loi Aubri/Péri) : La loi rend obligatoires trois séances d'éducation à la sexualité par an à chaque niveau de classe.
Cependant, dans les faits, seuls 15 à 20 % des élèves en bénéficient réellement.
1.3. Vers le programme EVARS de 2025
• Le programme adopté en 2025 remplace des initiatives plus fragiles ou contestées comme les "ABCD de l'égalité" (2013).
• Il s'inscrit dans un cadre européen standardisé, nommant l'enseignement "Éducation à la vie affective et relationnelle" (EVAR) pour le premier degré et y ajoutant le terme "Sexuelle" (EVARS) pour le second degré afin d'apaiser les craintes parentales.
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2. Les Enjeux Majeurs de l'EVARS
Le programme repose sur trois piliers de compétences : se connaître et vivre avec son corps, construire des relations épanouies, et trouver sa place dans la société en tant que citoyen libre et responsable.
2.1. Prévention des violences sexuelles
• Constat alarmant : Selon la CIIVISE, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, soit environ trois enfants par classe.
• Rôle de l'école : L'éducation permet de nommer les parties du corps (brisant le tabou de la "zette" ou du sexe), d'identifier l'intimité et d'apprendre à dénoncer les attouchements.
• Protection : L'absence de mots et une pudeur excessive favorisent les agresseurs. Le programme EVARS apprend aux enfants qu'ils ont le droit de dire "non".
2.2. Lutte contre les stéréotypes et la masculinité toxique
• Impact du numérique : 73 % des adolescents garçons sont exposés en ligne à des stéréotypes de domination masculine (données d'octobre 2025).
• Déconstruction : Le programme vise à libérer les garçons de l'injonction à la violence ou à la répression émotionnelle ("apprendre à pleurer avant d'apprendre les armes") et les filles de l'intériorisation de la soumission.
2.3. Accès à une information fiable
• En l'absence d'éducation formelle, la pornographie devient la source principale d'information, véhiculant des modèles relationnels faussés et violents dès le CM1.
• L'EVARS offre un cadre clinique et serein pour aborder des sujets complexes sans jugement.
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3. Modalités d'Application et Défis de Terrain
3.1. Les "Ateliers de l'égalité" : Un modèle pédagogique
Des associations comme En avant Toute(s) déploient des interventions concrètes (du CE2 à la 5e) :
• Méthodologie : Utilisation de l'éducation populaire (débats, théâtre-forum, jeux de cartes) pour partir de la parole de l'élève.
• Non-mixité : Des temps séparés entre filles et garçons sont parfois utilisés pour favoriser la libération de la parole sur les violences vécues avant une mise en commun.
• Outils pratiques : Création de "réseaux de soutien" où l'enfant identifie les adultes ressources en cas de problème.
3.2. Obstacles institutionnels et financiers
• Formation : Il existe un besoin impérieux de former les enseignants via les INSPÉ pour leur donner la confiance nécessaire face aux sujets "sensibles".
• Statut des heures : Si les séances sont obligatoires, elles ne sont pas toujours intégrées aux programmes évalués, ce qui complexifie leur financement (nécessité de dotations horaires pour les heures supplémentaires dans le secondaire).
• Restriction des intervenants : Une circulaire limite l'intervention des associations dans les écoles primaires, laissant la charge aux seuls enseignants, ce qui peut freiner la mise en œuvre faute d'expertise externe.
3.3. La résistance idéologique
• L'école fait face à une "hystérie collective" ou des rumeurs persistantes (accusations infondées d'apprendre la masturbation aux jeunes enfants).
• Des groupes traditionalistes et des mouvements d'extrême droite s'organisent pour délégitimer le programme, utilisant des plateformes médiatiques pour diffuser de la désinformation.
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4. Recommandations pour une Mise en Œuvre Réussie
| Axe d'effort | Actions préconisées | | --- | --- | | Transparence | Rendre les programmes consultables par tous les parents sur Éduscol pour désamorcer les fantasmes. | | Implication parentale | Organiser des "cafés des parents" et les inciter à porter la demande d'EVARS dans les conseils d'école. | | Soutien aux enseignants | Assurer la protection institutionnelle des professeurs face aux menaces de groupes radicaux. | | Synergie associative | Maintenir le rôle des associations agréées qui apportent une expertise complémentaire et une posture d'adulte neutre. | | Élargissement | Étendre ces formations au secteur périscolaire et aux établissements spécialisés (IME, CFA). |
Conclusion
Le programme EVARS n'est pas une menace pour les familles, mais un "cadeau pour les générations futures".
En enseignant le respect, le consentement et l'empathie au même titre que la grammaire ou les mathématiques, l'école remplit sa mission fondamentale : former des citoyens lucides, capables d'aimer sans posséder et de s'affirmer sans écraser.
La réussite de ce projet repose sur le passage définitif de la "pudeur à la pédagogie".