Document d'Information : La Crise des Enfants à la Rue et les Stratégies d'Accompagnement
Résumé Exécutif
Ce document synthétise les interventions de Juliette Murtin (collectif Jamais sans Toit) et de Samira Dadache (FCPE) lors du webinaire du 12 juin 2026.
Le constat est alarmant : le sans-abrisme des élèves en France connaît une progression constante, avec une augmentation estimée à 30 % par rapport à 2022.
Face à la saturation du dispositif d'urgence (le 115) et au désengagement de l'État, la communauté éducative — parents d'élèves et enseignants — s'organise via des actions directes, notamment l'occupation nocturne d'écoles, pour garantir la protection et le droit à l'éducation des mineurs.
Le document souligne l'impact dévastateur de la précarité sur la santé psychique des enfants et appelle à une mobilisation nationale coordonnée pour ériger cette problématique en grande cause nationale.
1. État des Lieux et Données Chiffrées
Le sans-abrisme infantile est décrit comme une réalité de plus en plus prégnante dans les établissements scolaires depuis le début des années 2010.
1.1. Une réalité sous-estimée
- Données nationales : Le baromètre de la Fédération des acteurs de la solidarité (août 2025/2026) recensait 2 159 enfants à la rue sur la base des refus d'hébergement du 115.
Ce chiffre est jugé très en deçà de la réalité car il ne comptabilise pas les familles vivant en squats ou bidonvilles qui ne sollicitent plus le 115.
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Focus sur la métropole de Lyon : Au moment du webinaire, 377 enfants étaient recensés sans toit, dont 25 bébés et 107 mères isolées.
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Tendance : Une augmentation de 30 % des situations est observée par rapport à 2022.
1.2. L'impact sur la scolarité et la santé
Le rapport "Grandir sans chez-soi" (UNICEF/Samu Social, 2022) et les observations de terrain mettent en lumière des conséquences graves :
- Santé mentale : Les enfants sans toit sont deux fois plus affectés par des maladies psychiques que la population générale.
Ils souffrent de déshérence psychique liée à l'exil et à l'instabilité.
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Conséquences physiques : Fatigue chronique (enfants dormant en classe), faim, manque d'hygiène, exposition aux températures extrêmes.
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Parcours scolaire : Absentéisme important et scolarité "en pointillés".
2. Cadre Juridique et Responsabilités Institutionnelles
L'action des collectifs s'appuie sur des principes légaux fondamentaux souvent bafoués par les autorités.
2.1. Principes fondamentaux du droit à l'hébergement
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Inconditionnalité : Toute personne en détresse doit être mise à l'abri, quelle que soit sa situation administrative (absence de papiers ou OQTF).
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Continuité : Une fois hébergée, une famille ne doit pas être remise à la rue sans solution pérenne.
2.2. Répartition des compétences
| Institution | Responsabilités principales | | --- | --- | | État (Préfecture) | Compétence exclusive en matière d'hébergement et de logement. | | Département / Métropole | Prise en charge spécifique des mineurs isolés et des familles avec enfants de moins de 3 ans. | | Commune (Mairie) | Propriétaire des bâtiments scolaires (premier degré). Capacité de mise à disposition de bâtiments vides ou exercice du droit de réquisition. |
2.3. Le rôle du fonctionnaire citoyen
S'appuyant sur la loi Le Pors de 1983, les enseignants revendiquent un statut de fonctionnaire citoyen.
Leur responsabilité et leur devoir de protection de l'enfance priment sur la simple obéissance hiérarchique, justifiant leur engagement dans la mise en sécurité des élèves.
3. Stratégies de Mobilisation : L'Action Directe
Face aux carences de l'État, le collectif Jamais sans Toit et ses partenaires ont développé un "modus operandi" centré sur l'école comme sanctuaire.
3.1. L'occupation d'école
Pratiquée depuis 2014, l'occupation nocturne répond à deux objectifs :
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Urgence humanitaire : Offrir un répit immédiat et sécurisé aux familles.
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Alerte politique : Placer les pouvoirs publics devant leurs responsabilités en utilisant la caisse de résonance médiatique de l'école.
3.2. Organisation des comités de soutien
Les comités regroupent enseignants, parents d'élèves et parfois voisins.
Leurs actions incluent :
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Organisation de "goûters solidaires" pour rendre visible la situation.
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Demandes d'audiences auprès des mairies et préfectures.
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Gestion des nuits et des repas au sein des établissements occupés.
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Financement de nuitées d'hôtel via des caisses de solidarité.
3.3. Évolution des tactiques
Le rapport de force se déplace parfois vers l'occupation de bâtiments ou d'écoles désaffectés (comme à Lyon ou Grenoble) pour éviter de perturber le fonctionnement scolaire tout en maintenant une pression politique forte sur les municipalités et la métropole.
4. Un Plaidoyer National Coordonné
Depuis 2022, la lutte s'est structurée à l'échelle nationale pour sortir de l'isolement territorial.
4.1. Le Réseau National d'aide aux élèves sans toit
Ce réseau mutualise les outils de mobilisation via le site eleves-sans-toit.fr et son "Toitoriel".
Il regroupe des collectifs de nombreuses villes (Paris, Toulouse, Bordeaux, Strasbourg, Rennes, etc.) et organise des conférences de presse à l'Assemblée nationale pour peser sur les débats budgétaires.
4.2. Partenaires et alliés
Le plaidoyer est porté par un intercollectif incluant :
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FCPE : Porte la question au Conseil supérieur de l'éducation.
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UNICEF France : Dénonce le sacrifice de l'intérêt supérieur de l'enfant.
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RESF (Réseau Éducation Sans Frontières) : Acteur indispensable pour l'accompagnement juridique et administratif des familles migrantes.
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Autres : Fédération des Acteurs de la Solidarité, Fondation Abbé Pierre, CIMADE, MAE Solidarité (pour l'assurance scolaire).
5. Perspectives et Revendications
Le document identifie plusieurs leviers pour résoudre durablement la crise :
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Logement social : Nécessité d'une construction massive de logements sociaux et de places d'hébergement d'urgence pour mettre fin à la "gestion au thermomètre".
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Droit de réquisition : Appel aux maires et préfets pour réquisitionner les logements vides.
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Action politique : Interpellation directe du ministre de l'Éducation nationale pour que le sans-abrisme soit reconnu comme une problématique éducative majeure.
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Protection juridique : Reconnaissance d'un "devoir d'humanité" pour protéger les citoyens et personnels s'engageant dans ces actions de toute sanction administrative ou juridique.
Citation clé : "L'enfant n'est plus seulement un élève, il est pris dans sa globalité. Grandir et apprendre sans un toit au-dessus de la tête [...] ce n'est pas possible."