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  1. Feb 2026
    1. Pratiques Punitives en Milieu Scolaire : Analyse, Effets et Recommandations

      Résumé Exécutif

      Ce document de breffage synthétise les conclusions de l'expert Vincent Bernier, docteur en psychopédagogie, concernant les pratiques punitives en milieu scolaire, et plus particulièrement la suspension.

      La recherche, unanime depuis près de 50 ans, démontre que ces pratiques sont non seulement inefficaces, mais aussi profondément néfastes pour les élèves.

      Loin de corriger les comportements problématiques, elles les exacerbent et entraînent une cascade d'effets négatifs à court, moyen et long terme, incluant la détérioration du rendement scolaire, le décrochage, l'augmentation des inégalités sociales et des problèmes de santé mentale et physique graves.

      Face à ce constat, le document expose des alternatives fondées sur des approches éducatives qui visent à développer les compétences des élèves plutôt qu'à les sanctionner.

      Ces alternatives se déclinent en deux catégories : des pratiques concrètes de gestion de classe, comme les conséquences éducatives, et des programmes structurants d'alternative à la suspension. Six recommandations stratégiques sont formulées pour le système éducatif québécois, appelant à un changement de paradigme.

      Celles-ci incluent la sensibilisation du personnel, l'interdiction de la suspension externe sans service, et le financement de programmes alternatifs éprouvés, soulignant que l'investissement dans la prévention est socialement et économiquement plus judicieux que la gestion des conséquences coûteuses de l'inaction.

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      1. Définition et Typologie des Pratiques Punitives

      Selon Vincent Bernier, professeur et chercheur à l'Université de Sherbrooke, il est essentiel de distinguer clairement les pratiques punitives des pratiques éducatives.

      Les pratiques punitives s'inscrivent dans une logique de répression plutôt que d'éducation.

      Leur objectif principal est d'infliger une sanction en réponse à une faute afin de dissuader l'élève de répéter un comportement.

      Ces pratiques se situent sur un continuum d'intensité et peuvent être regroupées en trois grandes catégories :

      Les punitions classiques : Ces mesures visent à sanctionner directement un élève.

      ◦ La copie de lignes ou de textes.   

      ◦ L'assignation de travaux supplémentaires.  

      ◦ Le retrait de privilèges ou de droits.

      Les pratiques d'exclusion : Ces mesures consistent à retirer l'élève d'une situation ou d'un milieu.

      ◦ La retraite de classe (qui peut être punitive ou éducative selon son application).   

      ◦ Les retenues. 

      ◦ La suspension scolaire (interne ou externe).

      Les punitions physiques : Bien que moins courantes au Québec, elles existent dans certains contextes.

      ◦ Les châtiments corporels.  

      ◦ La contention physique.

      En opposition, les pratiques éducatives visent à aider l'élève à développer ses compétences socio-émotionnelles, son autonomie et sa responsabilité par des mesures d'aide et de soutien.

      2. Les Effets Négatifs Documentés des Pratiques Punitives

      La littérature scientifique, québécoise et internationale, documente les effets des pratiques punitives depuis les années 1970 et est décrite comme "unanime" sur leurs conséquences négatives.

      Impacts Comportementaux et Académiques

      Contrairement à l'objectif visé, les pratiques punitives ne règlent pas les problèmes de comportement ; elles les aggravent.

      Escalade des comportements : On observe une détérioration et une aggravation des comportements problématiques chez les élèves exposés à ces pratiques.

      Désengagement scolaire : Les élèves développent des trajectoires d'évitement, une réduction de la motivation à apprendre et un désengagement progressif de l'école, menant souvent à l'absentéisme.

      Baisse du rendement : Une diminution significative du rendement scolaire est fréquemment constatée.

      Décrochage scolaire : La suspension scolaire est fortement corrélée au risque de décrochage.

      Conséquences Sociales et Relationnelles

      Ces pratiques endommagent le lien entre l'élève et l'école.

      Relations négatives : Elles contribuent au développement de relations conflictuelles et négatives avec le personnel scolaire.

      Sentiment d'exclusion : Les élèves se sentent isolés, mis de côté et exclus, ce qui renforce leur marginalisation.

      Affiliation à des pairs déviants : L'exclusion du milieu scolaire augmente le risque d'affiliation à des groupes de pairs déviants et l'enrôlement potentiel dans des gangs de rue.

      Exacerbation des Inégalités

      Les pratiques punitives ne sont pas appliquées uniformément et ont pour effet d'aggraver les inégalités sociales, socio-économiques et culturelles existantes.

      Marginalisation des groupes vulnérables : Elles touchent de manière disproportionnée certains groupes, notamment :

      ◦ Les garçons. 

      ◦ Les élèves ayant des difficultés d'apprentissage.  

      ◦ Les minorités ethniques.  

      ◦ Les élèves issus de milieux défavorisés.

      Effets à Long Terme et sur la Santé

      Les études longitudinales démontrent que les conséquences de l'exposition à ces pratiques se prolongent bien au-delà de la période scolaire et affectent la santé globale des individus.

      Santé mentale et physique : Une diminution du bien-être général est observée, avec des risques accrus de :

      ◦ Dépression.  

      ◦ Consommation de drogues.  

      ◦ Automutilation.  

      ◦ Grossesses à risque.

      Judiciarisation : Le risque d'arrestation à l'âge adulte est plus élevé pour les élèves ayant été fréquemment suspendus.

      3. Alternatives aux Pratiques Punitives : Une Approche Éducative

      Pour remplacer les pratiques punitives, deux grandes catégories d'alternatives sont proposées, toutes deux centrées sur l'éducation et le développement de compétences.

      Catégorie 1 : Pratiques Éducatives Concrètes

      Ces alternatives peuvent être mises en œuvre quotidiennement par le personnel scolaire pour prévenir et gérer les écarts de conduite.

      Enseignement explicite des comportements attendus.

      Stratégies de gestion de classe proactives (ex: précorrection, proximité).

      Développement de l'autorégulation (ex: autoévaluation, autotraitement).

      Mise en place de conséquences éducatives : Cette approche est particulièrement efficace. Elle se distingue de la punition par sa finalité.

      La maxime qui la guide est que "la sanction elle est pas là pour faire mal mais elle est là pour faire sens".

      Logique et naturelle : La conséquence découle directement du comportement problématique.  

      Réparatrice : Elle vise à réparer le tort causé.  

      Responsabilisante : Elle implique l'élève dans la solution et l'aide à assumer ses responsabilités.  

      Éducative : Elle est présentée comme une mesure d'aide et une occasion d'apprentissage pour développer des compétences.

      Catégorie 2 : Alternatives Structurantes

      Ces approches sont plus globales et s'appliquent à l'échelle de l'école ou du centre de services scolaire.

      Programmes d'alternative à la suspension scolaire :

      Ces programmes, souvent menés par des organismes externes comme le YMCA, offrent un cadre structuré aux élèves qui auraient autrement été suspendus à la maison sans services.

      Fonctionnement :     

      Matin : Réalisation des travaux scolaires envoyés par l'école.     

      Après-midi : Participation à des groupes animés pour développer des compétences spécifiques (socio-émotionnelles, résolution de conflits, etc.).  

      Efficacité prouvée : Les études sur ces programmes démontrent des effets positifs à court et moyen terme, incluant une amélioration des comportements et une diminution du recours futur à la suspension.

      4. Recommandations Stratégiques pour le Système Éducatif Québécois

      Vincent Bernier formule six recommandations claires pour systématiser le passage d'une approche punitive à une approche éducative au Québec.

      | N° | Recommandation | Description | | --- | --- | --- | | 1 | Sensibiliser le personnel scolaire | Il est impératif d'informer l'ensemble du personnel scolaire sur les effets négatifs documentés des pratiques punitives afin de créer une prise de conscience collective. | | 2 | Soutenir le développement professionnel | Offrir de la formation continue pour outiller le personnel avec des pratiques alternatives efficaces et pour déconstruire les croyances erronées sur l'efficacité des punitions. | | 3 | Interdire la suspension externe sans services | Modifier les règlements d'école, les codes de vie et la Loi sur l'instruction publique pour interdire formellement la suspension scolaire à l'externe (à la maison) sans aucune mesure d'aide ou de soutien. | | 4 | Recadrer la suspension comme mesure de dernier recours | Si une suspension est inévitable, elle doit être utilisée de manière constructive : soit à l'interne avec des services et des mesures d'aide, soit à l'externe mais en référant l'élève à un programme d'alternative structuré. L'objectif doit être de "servir plutôt que de sévir". | | 5 | Financer et déployer les programmes alternatifs | Investir dans le déploiement de programmes d'alternative à la suspension, via des organismes communautaires locaux, pour que chaque école au Québec puisse avoir accès à ce type de service. | | 6 | Consigner systématiquement les suspensions | Mettre en place un système provincial pour consigner toutes les suspensions (internes et externes) afin d'obtenir un portrait juste et clair du phénomène (fréquence, durée, profils d'élèves) et ainsi prendre des décisions éclairées. |

      5. Conclusion : L'Urgence d'un Virage vers la Prévention

      La discussion met en lumière une réalité documentée depuis un demi-siècle : les pratiques punitives sont contre-productives.

      L'expert souligne que le Québec doit réfléchir aux services qu'il souhaite offrir à ses jeunes.

      Il est démontré que le coût sociétal de l'inaction (gestion de la criminalité, des problèmes de santé mentale, du décrochage) est largement supérieur au coût d'investissement dans des mesures de prévention et des programmes alternatifs.

      Le passage d'une culture de la punition à une culture du soutien n'est pas seulement une question de bienveillance, mais une décision stratégique et économique pour l'avenir.

  2. Jan 2026
    1. Les Comportements-Défis : Synthèse du Webinaire iMIND #14

      Résumé Exécutif

      Ce document de synthèse analyse les points clés du webinaire iMIND #14, consacré à la gestion des comportements-défis par la mutualisation des compétences professionnelles et familiales.

      Les intervenantes, la Professeure Caroline de Maigret (psychiatre) et Sophie Biet (parente et administratrice associative), ont souligné que les comportements-défis ne sont pas des actes de défiance, mais une forme de communication atypique dont il est crucial de comprendre la fonction.

      L'approche préconisée repose sur une évaluation pluridisciplinaire rigoureuse, débutant systématiquement par un examen médical complet pour écarter une cause somatique, notamment la douleur.

      La réaction de l'environnement est un facteur déterminant : un même comportement peut devenir un "défi" ou non selon la tolérance et la réponse apportées.

      Les familles, souvent isolées et en souffrance, sont des partenaires de soin essentiels et des experts de leur proche, dont l'expérience est une ressource inestimable.

      La collaboration entre professionnels et familles doit s'articuler autour de la confiance, de l'humilité et d'une posture de "détective" pour formuler et tester des hypothèses sans interprétations hâtives.

      Enfin, des stratégies pratiques, telles que la priorisation des comportements à traiter, le remplacement par des compétences adaptées et la remise en question des habitudes institutionnelles ou familiales, sont fondamentales pour améliorer la qualité de vie de la personne et de son entourage.

      1. Définition et Nature des Comportements-Défis

      Le terme "comportement-défi" est une adaptation de l'anglais "challenging behavior".

      Il ne traduit pas une volonté de la personne de défier son entourage, mais plutôt le défi que ce comportement représente pour les familles et les professionnels.

      Fréquence : Ils concernent 10 à 15 % des personnes présentant un trouble du développement intellectuel (TDI) à un moment de leur parcours.

      Définition (2017) : Un comportement-défi est défini par la réaction de l'entourage et ses conséquences :

      Restrictives : La personne ne peut plus accéder à ses activités ou à des services ordinaires.  

      Répulsives : L'entourage ne parvient plus à s'occuper de la personne.  

      Exclusives : En l'absence d'intervention, la personne est exclue des dispositifs d'accompagnement.

      Impact : Ces comportements mettent en danger la sécurité physique de la personne et d'autrui, et engagent son "pronostic social", c'est-à-dire sa capacité à accéder aux soins, aux loisirs et à une vie sociale ordinaire.

      Manifestations : La panoplie des comportements-défis est large et ne se limite pas à l'agressivité. Elle inclut :

      ◦ Hétéro-agressivité (coups, cris).  

      ◦ Auto-mutilation (souvent, la personne se fait du mal à elle-même avant d'en faire à autrui).  

      ◦ Destruction de matériel.  

      ◦ Perturbations antisociales et nuisances.  

      ◦ Troubles alimentaires graves.   

      ◦ Stéréotypies ou autostimulations excessives.

      2. Le Comportement comme Mode de Communication : L'Approche Fonctionnelle

      L'idée centrale est qu'un comportement-défi n'est jamais gratuit. Il est choisi par la personne car il représente un moyen simple et efficace d'obtenir une fonction.

      Aucun comportement ne se maintient s'il n'est pas renforcé, consciemment ou non, par l'environnement.

      L'objectif est donc d'identifier cette fonction pour proposer une réponse plus adaptée.

      | Fonctions Principales | Description | | --- | --- | | Obtenir quelque chose | Le comportement vise à acquérir un élément positif : attention de l'entourage, renforcement sensoriel, un objet, de la nourriture, ou la possibilité de faire un choix (autodétermination). | | Éviter quelque chose | Le comportement vise à échapper à un processus désagréable : douleur physique, émotions négatives, tâches déplaisantes ou exigeantes. |

      Un même comportement peut avoir plusieurs fonctions (ex: l'hétéro-agressivité pour échapper à une tâche ou pour attirer l'attention), et inversement, plusieurs comportements peuvent servir la même fonction (ex: s'auto-mutiler, agresser ou jeter un objet pour refuser une activité).

      3. L'Importance Cruciale de l'Évaluation Pluridisciplinaire

      Pour comprendre la fonction d'un comportement, une évaluation rigoureuse, pluriprofessionnelle et standardisée est indispensable.

      Elle doit être menée "à froid", c'est-à-dire également lorsque la personne va bien, pour établir une base de référence.

      3.1. L'Examen Médical Soigneux

      C'est la toute première étape. De nombreux comportements-défis, surtout ceux d'apparition aiguë, sont liés à une cause médicale non détectée :

      Douleur : Problèmes bucco-dentaires, troubles sévères du transit (fécalome), etc.

      Outils : L'utilisation de grilles d'évaluation de la douleur, simples et accessibles à tous (y compris les non-médecins), est fortement recommandée pour les personnes non-communicantes.

      3.2. L'Évaluation Fonctionnelle et Cognitive

      Lorsque la cause médicale est écartée, une analyse approfondie est nécessaire pour dresser un "profil" de la personne.

      Communication : Évaluer l'écart entre les capacités de compréhension (souvent supérieures) et d'expression.

      Le manque d'outils de communication adaptés (les pictogrammes ne conviennent pas à tout le monde) génère une frustration majeure.

      Fonctions exécutives : Des difficultés à planifier, s'organiser, hiérarchiser et gérer les transitions peuvent provoquer des réactions fortes.

      La réponse de l'entourage est souvent "l'hypostimulation", alors que la personne a surtout besoin d'aide pour passer d'une activité à l'autre.

      Profil sensoriel : Identifier les particularités (hypo ou hyper-sensibilité) et les besoins d'autostimulation.

      Autodétermination : Le comportement-défi peut être la seule manière pour une personne de manifester son envie de faire des choix, surtout dans des environnements institutionnels où tout est décidé pour elle.

      3.3. L'Évaluation de l'Environnement

      L'évaluation ne se centre pas uniquement sur la personne, mais aussi sur son environnement, car la réaction de ce dernier conditionne le maintien ou l'aggravation du comportement.

      Outils standardisés : Des grilles comme la grille FAST permettent d'évaluer de manière objective la réponse de l'entourage (familial ou professionnel) et d'identifier les renforçateurs involontaires.

      Qualité de l'environnement : Un environnement instable (turnover important dans le secteur médico-social, manque de personnel) peut faire émerger des comportements-défis qui n'auraient pas apparu dans un contexte plus stable.

      4. La Place Centrale des Familles : Partenaires et Experts

      Les familles sont les "premières partenaires du soin". Leur implication est indispensable, mais elles sont souvent en grande difficulté.

      4.1. Les Défis des Familles

      Isolement social : Disparition des temps de partage, renoncement aux sorties et à la vie sociale.

      Le pronostic social de toute la famille peut être engagé.

      Sentiment d'incompétence : Les parents peuvent développer un sentiment d'échec, de la colère (parfois contre eux-mêmes) et se sentir dévalorisés.

      Protection de la fratrie : La gestion de l'impact sur les frères et sœurs est un enjeu majeur et sensible.

      4.2. L'Expérience Parentale comme Ressource

      Sophie Biet insiste sur le fait que l'expérience des parents est une ressource précieuse, citant Eric Schopler, concepteur de l'approche TEACCH :

      "Contrairement aux chercheurs, ses parents ne pouvaient pas laisser de côté des questions pour lesquelles aucune méthodologie n'avait été établie.

      Contrairement aux cliniciens, ils ne pouvaient pas transférer l'enfant ailleurs parce qu'il n'était pas formé pour gérer de tels problèmes.

      Et c'est parce qu'ils ont poursuivi leurs études malgré leurs échecs, leurs frustrations et leurs défaites qu'ils sont devenus de si bons enseignants."

      5. Stratégies Pratiques et Postures d'Accompagnement

      La collaboration entre familles et professionnels doit reposer sur une posture partagée.

      5.1. Les Trois Piliers de la Posture

      Sophie Biet identifie trois mots-clés essentiels :

      1. Confiance : Elle se construit en ne réduisant pas la personne à ses comportements et en impliquant régulièrement la famille dans le suivi (pas seulement "entre deux portes").

      2. Détective : Adopter une démarche pragmatique, poser des hypothèses et les vérifier sans interprétations hâtives ("il est frustré", "il ne veut pas").

      3. Humilité : Accepter que, même en mettant tout en œuvre, on n'y arrive pas toujours.

      5.2. Exemples de Stratégies Concrètes

      Prioriser : Il est impossible de tout traiter en même temps. Il faut choisir, en concertation avec la famille, le comportement le plus impactant à travailler en premier (ex: laisser de côté le déchirement de t-shirts pour se concentrer sur des jeux avec les selles).

      Remplacer, ne pas juste supprimer : Lorsqu'un comportement est diminué, il faut le remplacer par un autre, plus adapté, qui remplit la même fonction. (Ex: remplacer le fait de tordre des lunettes par la mise à disposition de fil de fer et de trombones pour créer des formes, transformant le comportement en activité créative).

      Adapter ses propres réactions : Réfléchir à ses propres déclencheurs. (Ex: remplacer le mot "non", qui peut être anxiogène, par le mot "stop").

      Accepter certaines manies : Tolérer des comportements atypiques qui agissent positivement sur l'anxiété et ne sont pas socialement invalidants. (Ex: accepter qu'une personne enlève ses chaussures dans un magasin).

      Remettre en question les habitudes : S'interroger sur les routines qui peuvent être source de tension. (Ex: dans un foyer, les repas collectifs étaient source de conflits.

      La mise en place de repas individuels à des heures choisies a non seulement supprimé les problèmes mais a aussi favorisé l'autonomie et les invitations mutuelles).

      6. Enjeux Spécifiques et Perspectives

      La session de questions-réponses a permis de souligner plusieurs points importants.

      Autisme sans TDI : Le concept de comportement-défi s'applique aussi aux personnes autistes sans trouble du développement intellectuel.

      Des conduites suicidaires à répétition ou des scarifications peuvent relever de cette problématique, qui est largement sous-estimée et mal évaluée en psychiatrie générale adulte et infanto-juvénile.

      La frontière avec le "normal" : La distinction entre un comportement d'enfant et un comportement-défi est parfois floue. C'est la réaction de l'environnement (rejet, exclusion scolaire) et la persistance qui le qualifient comme "défi".

      Formation : Il existe un manque de programmes de formation validés, tant pour les professionnels que pour les familles.

      L'approche la plus efficace reste une évaluation fine et un accompagnement personnalisé plutôt qu'un programme global.

      Pour les professionnels, des initiatives de formation commencent à se développer, comme celle mise en place à Lyon.

    1. Comprendre et Accompagner l'Adolescence : Analyse de la Crise et des Signes d'Alerte

      Ce document de synthèse s'appuie sur l'expertise de Sophie Ettori, psychologue clinicienne à la Maison des Adolescents de Porto-Vecchio, pour explorer les mécanismes de l'adolescence, identifier les signes de souffrance psychique et définir les modalités d'accompagnement optimales par les parents et les professionnels.

      Synthèse opérationnelle

      L'adolescence est un processus dynamique de "l'entre-deux", une transition de 10 à 15 ans entre l'enfance et l'âge adulte.

      Elle se caractérise par un bouleversement biologique et neurologique majeur : le cerveau adolescent, mature à 80 %, possède un système émotionnel (limbique) suractivé tandis que ses capacités de régulation (lobes frontaux) sont encore immatures.

      Points clés à retenir :

      La "Crise" est un processus sain : L'opposition et la recherche d'identité sont nécessaires pour permettre la séparation d'avec les parents.

      Santé mentale : Environ 15 % des adolescents présentent un trouble psychique (soit 4 élèves par classe de 28).

      Signes d'alerte : Une irritabilité constante ou une colère persistante peuvent masquer une dépression.

      Réseaux sociaux : Ils constituent de nouveaux espaces de socialisation (le "skate park" numérique), mais peuvent exacerber des troubles préexistants, notamment alimentaires.

      Intervention précoce : Une prise en charge rapide, notamment pour les troubles psychotiques, améliore drastiquement le pronostic de vie sociale et professionnelle à long terme.

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      1. Les mécanismes de la mutation adolescente

      Un bouleversement neurologique et biologique

      L'adolescence n'est pas qu'une construction sociale, c'est une réalité physiologique. Le cerveau subit une transformation radicale :

      La métaphore de la Ferrari : Le cerveau adolescent est comparé à "une Ferrari sans freins".

      Le moteur (le système limbique, siège des émotions et de la mémoire) gronde à plein régime, tandis que les freins (les lobes frontaux et pariétaux, responsables de la logique et de la temporisation) sont encore en développement.

      Efficacité des connexions : On observe une augmentation de la substance blanche (myélinisation), ce qui accélère la transmission de l'information. C'est le passage du "56k à la fibre".

      L'élagage synaptique : Le cerveau devient plus performant mais plus sélectif, délaissant certains centres d'intérêt pour en privilégier d'autres, nécessaires à la survie et à l'autonomie.

      Les finalités psychologiques

      Le processus adolescent vise deux objectifs majeurs :

      1. La constitution de l'identité : Une recherche qui peut être plurielle et transitoire.

      2. La séparation-individuation : L'adolescent doit quitter l'espace parental pour écrire sa propre histoire. Cela passe souvent par la transgression (du latin transgreddi : traverser, franchir).

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      2. Identifier les signes de basculement

      Il est parfois complexe de distinguer une crise "normale" d'une souffrance réelle, car l'adolescent masque souvent son mal-être derrière un "masque de normalité".

      Signes de vigilance pour l'entourage

      | Type de comportement | Manifestations normales (Crise saine) | Signes d'alerte (Souffrance) | | --- | --- | --- | | Émotions | Labilité émotionnelle, fleur de peau. | Irritabilité constante, colère incontrôlable, tristesse profonde. | | Social | Besoin accru d'intimité, retrait dans la chambre. | Repli sur soi total, perte d'intérêt pour les amis et les plaisirs (anhédonie). | | Opposition | Changement de style (vêtements noirs), opposition verbale. | Mises en danger réelles, conduites à risques extrêmes. | | Alimentation | Préoccupations esthétiques passagères. | Perte/prise de poids rapide, rituels restrictifs, contrôle excessif. |

      Les troubles de santé mentale

      Dépression : Chez l'adolescent, elle ne ressemble pas toujours au tableau clinique de l'adulte et peut se manifester uniquement par une agressivité permanente.

      Troubles du Comportement Alimentaire (TCA) : Souvent déclenchés par un régime banal, ils peuvent rapidement devenir graves et nécessitent un double suivi (nutritionnel et psychologique).

      Psychoses (Schizophrenie) : Elles émergent généralement entre 15 et 25 ans. Les premiers signes sont souvent ténus : anxiété forte, discours décousu, bizarreries dans les centres d'intérêt ou perte de contact avec la réalité.

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      3. L'univers numérique : Opportunités et Risques

      Le rapport à l'écran est un prolongement identitaire ("exposer, c'est exister").

      Aspects positifs : Les serveurs (type Discord) ou forums spécialisés permettent une socialisation par intérêt (gaming, musique) hors du regard parental. Pour certains adolescents, c'est un refuge salvateur qui facilite la sociabilisation.

      Aspects négatifs :

      Consommation vide : Le "scrollage compulsif" sur TikTok peut nuire au potentiel de l'adolescent par surstimulation immédiate.  

      Désinformation : Les adolescents suivent des influenceurs généralistes dont les conseils en santé (santé mentale, nutrition) sont souvent non sourcés ou commerciaux.  

      Renforcement des troubles : Les réseaux peuvent enfermer un adolescent fragile dans des communautés valorisant des comportements pathologiques (notamment pour les TCA).

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      4. Accompagnement et Ressources

      Le rôle des parents

      La crise d'adolescence est aussi une "crise des parents" qui doivent accepter la perte de l'enfant idéal pour découvrir l'adulte en devenir.

      Communication "élastique" : Le cadre doit être souple, fondé sur une adaptation perpétuelle plutôt que sur une rigidité aveugle.

      Préparation précoce : L'habitude de communiquer doit être instaurée dès l'enfance pour que le terrain soit prêt au moment de la tempête adolescente.

      Intérêt pour leur monde : Participer à leurs jeux (Minecraft, Mario Kart) construit une relation de confiance et légitime leur univers.

      Les structures d'aide

      En cas de doute, il est impératif de consulter, même pour une difficulté qui semble mineure (prévention).

      | Structure | Caractéristiques | | --- | --- | | Maison des Adolescents (MDA) | Accueil des 11-25 ans. Gratuit, anonyme, confidentiel. Aucun accord parental requis, ce qui facilite l'accès pour les jeunes en rébellion. | | Centres Médico-Psychologiques (CMP) | Soins gratuits, axés sur le suivi psychiatrique et pédopsychiatrique sur le long terme. | | Milieu scolaire | Infirmières scolaires, assistants sociaux et psychologues de l'Éducation nationale sont des relais de proximité essentiels. |

      Note sur le secret professionnel : En Maison des Adolescents, le secret est la règle.

      Il n'est levé qu'en cas de danger grave pour l'adolescent ou de révélations de violences subies (obligation de signalement pour protéger le mineur).

  3. Feb 2025
    1. Pour élaborer un brief de synthèse pertinent, il est essentiel de comprendre les conditions nécessaires pour qualifier une école d'« hospitalière » et d'approfondir la relation maître-élève dans cette optique.

      L'objectif est de dépasser une vision idéalisée de l'école hospitalière en explorant les aspects psychiques et didactiques qui favorisent un environnement scolaire positif.

      Conditions pour qualifier une école d'hospitalière

      L'hospitalité scolaire peut être envisagée à travers plusieurs conditions.

      • L'accueil de l'élève : L'arrivée de l'élève à l'école marque le passage d'un seuil entre le monde familial et le lieu d'étude.

      Cet accueil, qui s'adresse tant aux familles qu'aux élèves, doit témoigner de l'ouverture de l'institution à la diversité.

      Anne Dufourmantelle souligne que ce seuil est un espace de jonction et de lien, un "entre-deux" où se jouent l'échange et l'invitation.

      L'école est un lieu intermédiaire entre la vie familiale et le monde extérieur, un lieu de transmission culturelle et de formation. Toutefois, l'hospitalité scolaire est paradoxale, car elle conjugue l'obligation de la scolarisation avec l'accueil hospitalier.

      • L'accueil et l'engagement des professeurs :

      L'accueil prend tout son sens dès les premiers instants et engage le professeur dans la relation. Les professeurs doivent incarner une institution hospitalière en manifestant une présence accueillante auprès de chaque enfant.

      Cet accueil implique une attention particulière à ceux qui ne comprennent pas, qui sont en difficulté ou qui ont peur.

      Eirick Prairat parle d'une "éthique de la présence", où l'accueil est une invitation à se cultiver et un levier pour transformer la contrainte en désir d'apprendre.

      • La rencontre de l'altérité : La confrontation à l'altérité peut être un obstacle à l'hospitalité.

      Les enseignants, même expérimentés, peuvent se sentir démunis face à certains élèves et chercher à comprendre les difficultés relationnelles.

      Jean Astier, cité dans le texte, souligne que l'hospitalité est mise à l'épreuve par les comportements difficiles de certains élèves et les attitudes inappropriées de certains parents.

      L'hospitalité n'est donc pas un dogme, mais une "conversion éthique" qui implique un travail de résistance aux réactions d'humeur ou de désarroi.

      • L'acquisition de l'hospitalité professorale : Paul Ricœur rappelle que le rapport à l'autre est souvent douloureux, et l'hospitalité engage ce rapport dans les métiers de l'humain.

      Selon Prairat, l'éthique enseignante est une "éthique de la présence", un art d'être attentif aux autres et au moment présent.

      Henri Louis Go souligne l'importance du "jeu du visage" et de la gestuelle dans l'expression de l'hospitalité professorale.

      L'hospitalité éducative s'exerce dans une relation asymétrique où chacun se situe par rapport à l'autre.

      La bienveillance du professeur, condition de l'hospitalité scolaire, se manifeste par une attention didactique concrète portée à autrui.

      Approfondissement du rapport maître-élève : vers une hospitalité psychique

      Il est essentiel d'examiner la question des rapports entre professeurs et élèves d'un point de vue didactique.

      Traditionnellement, ces rapports sont abordés en termes de "relation", notamment dans le courant de l'Éducation nouvelle, en mettant l'accent sur la dimension affective.

      Cependant, il est possible d'adopter une approche différente en considérant le "rapport" comme une dynamique d'altérité.

      • Le rapport professeur-élève selon une dynamique d'altérité : Hegel théorise le rapport comme une unité de l'identité et de la différence.

      Dans la relation didactique, l'identité du professeur est indissociable de la différence que représentent les élèves.

      Toute identité est accompagnée d'une différence, et cette opposition doit être pensée dans son unité.

      Le recours au terme "rapport" permet de poser le problème de l'identité et de la différence dans une dialectique professeur-élève, c'est-à-dire dans l'unité en processus.

      • L'hospitalité comme une augmentation des puissances d'agir :

      Le rapport entre professeur et élèves doit être durable et intense dans le temps.

      Au-delà de l'accueil, il s'agit de se mettre au travail, de transmettre et d'apprendre ensemble, en tenant compte des dimensions épistémiques, éthiques, sociales et émotionnelles.

      Une "bonne" relation entre professeur et élève favorise la réussite scolaire, la motivation et le bien-être.

      Les modèles comme le TTI (Teaching Through Interactions) mettent en avant le lien entre les composantes affective et cognitive dans la classe.

      La "bienveillance épistémique" est une condition de l'hospitalité scolaire, caractérisant l'attention du professeur aux enjeux de savoir.

      Cette attention vise à rendre l'élève attentif au milieu dans lequel il évolue, favorisant ainsi la construction de liens entre le professeur et ses élèves.

      • Le lien psychique et didactique : pour une clinique de l'hospitalité :

      La question du "bien-être" à l'école est souvent abordée sous l'angle affectif et émotionnel, ou à travers des concepts psychanalytiques comme le transfert et le contre-transfert.

      Mireille Cifali parle de "lien clinique" pour désigner ce qui nous lie nécessairement aux autres dans les métiers de l'humain.

      Elle propose un "éloge de la dépendance", reconnaissant la fragilité du professeur et sa "dette" vis-à-vis de l'élève.

      La psychanalyse offre une éthique de l'altérité et de la singularité, soulignant l'importance de la "bonne" distance avec l'autre et de la reconnaissance de chacun comme sujet unique.

      Il est crucial d'articuler cette dimension psychique avec le contexte spécifique de la transmission des savoirs, afin de ne pas considérer les rapports maître-élève ex nihilo.

      En conclusion, une école véritablement hospitalière est celle qui parvient à créer un environnement favorable à l'épanouissement de tous, en tenant compte des dimensions psychiques et didactiques de la relation maître-élève.

      Cela implique de repenser la formation des enseignants, de leur fournir un outillage didactique solide et de les sensibiliser à la part insue de soi-même qui entre en jeu dans la relation pédagogique.

  4. Sep 2024
    1. Résumé de la vidéo [00:00:02][^1^][1] - [00:22:28][^2^][2]:

      Cette vidéo explore pourquoi nous nous disputons avec ceux que nous aimons, en se basant sur les idées du philosophe Maxime Rover. Elle examine les dynamiques des disputes et propose des pistes pour mieux les comprendre et les gérer.

      Temps forts: + [00:00:02][^3^][3] Introduction et contexte * Présentation de l'épisode et du sujet * Introduction de Maxime Rover et de son travail * Importance de comprendre les disputes + [00:01:41][^4^][4] Définition de la dispute * La dispute commence avec la tension et la souffrance * Frontières de la dispute et surgissement de la violence * Comparaison avec le théâtre + [00:03:33][^5^][5] Mécanismes mentaux des disputes * Abstraction et imputation * Posture de juge et identification des causes * Importance de comprendre le système plus vaste + [00:08:16][^6^][6] Théorie du chaos et disputes * Effet papillon et responsabilité collective * Réactions et transformations des conflits * Philosophie de la causalité chaotique + [00:12:01][^7^][7] Éthique interactionnelle * Importance de l'interaction dans les disputes * Vulnérabilité et maladresse * Dialogue intérieur et transformation de soi + [00:18:35][^8^][8] Pardon et empathie * Dépasser la souffrance pour pardonner * Demande d'excuses et reconnaissance de la maladresse * Empathie pour apaiser les tensions et se comprendre mieux

      Résumé de la vidéo [00:22:30][^1^][1] - [00:24:37][^2^][2]:

      Cette vidéo explore pourquoi nous nous disputons avec ceux que nous aimons et comment ces conflits peuvent être une opportunité de croissance et de compréhension mutuelle.

      Points forts : + [00:22:30][^3^][3] Philosopher sur les disputes * Tout le monde le fait naturellement * Ne pas transformer en prescription * Mouvement constitutif du vivant + [00:23:04][^4^][4] Le dernier mot * Pas de fin définitive * Intensité des interactions * Importance de changer lentement + [00:23:30][^5^][5] Transformation éthique * Se transformer ensemble * Vitesse végétale * Comprendre pour changer + [00:23:59][^6^][6] La dispute comme opportunité * Pas seulement une souffrance * Porte vers de nouvelles relations * Nos êtres imbriqués + [00:24:17][^7^][7] L'éthique et la compréhension * Comprendre c'est déjà changer * Vivre mieux ici et maintenant * Sources en description

  5. Feb 2024
    1. Retrouvez la conférence de Philippe Meirieu (Professeur des Universités émérite en Sciences de l’Education) et Yves Lecocq (Professeur d’Histoire et de géographie et Président de l’Institut international de Gestion mentale), organisée par l'association Initiative & Formation Pays Basque le 04/02/2022 à Hasparren, autour du thème "Motiver les élèves oui... mais comment ?" Cette conférence aborde le sujet de la motivation, sous le regard de la gestion mentale.

  6. Jun 2020