Note d'information : Éco-délégués, le pouvoir d'agir
Résumé Exécutif
Cette note d'information synthétise les perspectives et les analyses issues du podcast "Éco-délégués : donnons-leur le pouvoir d'agir".
Le document met en lumière le rôle complexe des éco-délégués, les attentes élevées placées en eux — qualifiés de "héros ordinaires" — et les multiples facettes de leur engagement.
Les motivations des élèves sont profondes, allant du désir d'agir pour la planète, souvent nourri par une certaine éco-anxiété, à un sentiment de responsabilité et à l'influence de leur entourage.
L'analyse révèle que l'efficacité du dispositif repose de manière critique sur l'accompagnement des adultes. Un écueil majeur, l'« adultisme », où les projets sont imposés par les adultes, doit être évité au profit d'une approche qui laisse les élèves proposer, construire et piloter leurs propres initiatives.
Le rôle du référent est de trouver un équilibre délicat entre l'écoute, le soutien logistique et l'impulsion, afin de transformer les idées en actions concrètes.
Les projets menés varient considérablement, des éco-gestes classiques (tri des déchets) à des transformations ambitieuses de l'établissement (végétalisation de la cour, création de zones de bien-être), s'étendant au-delà de l'écologie pour englober l'ensemble des Objectifs de Développement Durable (ODD), comme l'égalité filles-garçons.
Cependant, de nombreux obstacles freinent leur action : la lenteur administrative ("le temps des adultes"), les contraintes financières, le manque de reconnaissance par les pairs et l'absence d'un temps institutionnalisé pour leurs activités.
La dynamique dépend fortement de la gouvernance de l'établissement, décrite comme des "montagnes russes".
Malgré ces défis, l'engagement en tant qu'éco-délégué est profondément formateur. Il développe la confiance en soi, le sens de la citoyenneté et le "pouvoir d'agir" des élèves.
Ce dispositif transforme également les adultes impliqués, modifiant leur regard sur les élèves et leurs propres pratiques pédagogiques, et a le potentiel de catalyser un changement positif à l'échelle de l'établissement et du territoire.
--------------------------------------------------------------------------------
Analyse Détaillée
1. Portrait de l'Éco-délégué : Motivations et Identité
Les Motivations de l'Engagement
L'engagement des élèves en tant qu'éco-délégués est mû par un ensemble de motivations profondes, identifiées par la chercheuse Eveline Bois :
• Agir pour la planète : La motivation principale est la volonté de "sauver le monde", de le changer à leur échelle.
Les élèves expriment une conscience aiguë de la dégradation de l'environnement et de l'urgence climatique, ce qui peut générer de l'éco-anxiété. L'action devient alors un moyen de la combattre.
• Sentiment de responsabilité : Les jeunes se sentent responsables de l'avenir et perçoivent l'établissement scolaire comme une bonne échelle pour commencer à agir.
• Influences externes : La famille et les amis jouent un rôle significatif. Des élèves s'engagent pour suivre l'exemple de parents impliqués dans des associations (ex: "zéro déchet") ou pour partager une expérience avec leurs camarades.
• Utilité et participation : Comme l'exprime Laur, éco-déléguée depuis quatre ans, le désir de "se rendre utile à la vie au collège" et de s'investir est un moteur important.
Méthodes de Recrutement et Profils
Le mode de désignation des éco-délégués influence la dynamique du groupe. Sandrine Aoussour, enseignante référente, a opté dans son collège pour un système basé sur le volontariat, ouvert tout au long de l'année. Ce choix vise à :
• Garantir d'avoir des élèves "réellement motivés".
• Éviter la compétition inhérente à une élection.
• Créer un "noyau vraiment d'élèves motivés" tout en permettant une flexibilité (possibilité de rejoindre ou de quitter le groupe).
2. Le Rôle Crucial de l'Accompagnement Adulte
L'Écueil de l'« Adultisme »
Eveline Bois met en garde contre l'« adultisme », une tendance des adultes à concevoir des dispositifs pour les élèves en minimisant leur capacité à faire des choix et des propositions.
Le témoignage du professeur Raphaël Grass est emblématique : il a commencé par apporter lui-même les projets avant de réaliser qu'ils ne correspondaient pas aux attentes des élèves et de leur "donner la parole".
• Conséquence : Un décalage se crée entre les désirs des élèves (sauver le monde) et les actions qu'on leur propose (installer un cendrier devant le lycée).
• Solution : L'accompagnement doit évoluer pour faire confiance aux élèves et leur laisser l'initiative.
Le Référent : un Équilibriste entre Soutien et Autonomie
Le rôle de l'enseignant ou du CPE référent est central et complexe. Il ne s'agit pas de diriger mais de faciliter.
• Partir des préoccupations des élèves : Sandrine Aoussour insiste sur l'importance de partir des idées des élèves (créer un potager, un "coin zen") et d'aider à les concrétiser en trouvant des solutions (budgets participatifs, partenariats).
• Proposer sans imposer : L'adulte peut aussi être force de proposition (installation d'une ruche via une fondation), mais ces propositions sont soumises aux élèves.
• Besoin d'adultes "entreprenants" : Du point de vue de l'éco-déléguée Laur, les élèves attendent des adultes qu'ils soient encore plus proactifs pour les aider à réaliser leurs projets les plus ambitieux, comme la végétalisation de la cour.
Les témoignages d'anciens éco-délégués de lycée confirment ce besoin d'un équilibre : ils préconisent une "instance autonome avec une certaine flexibilité", où ils peuvent travailler seuls pour libérer la parole, tout en bénéficiant de l'accompagnement des adultes pour les aspects logistiques et financiers.
3. Des Éco-gestes à la Transformation Durable
Le Spectre des Actions
Les projets menés par les éco-délégués couvrent un large éventail, de l'action symbolique à la transformation structurelle de l'établissement.
| Type d'Action | Exemples Concrets du Podcast | | --- | --- | | Éco-gestes classiques | Tri des bouchons, du papier, lutte contre le gaspillage alimentaire, ramassage des poubelles de tri. | | Amélioration de l'environnement scolaire | Installation d'un "coin zen", de plantes dans les classes, d'un apiscope, d'hôtels à insectes. | | Projets ambitieux et structurels | Création d'un potager, d'une zone de biodiversité, projet de végétalisation de la cour de récréation. | | Sensibilisation et citoyenneté | Campagnes de sensibilisation dans les classes, organisation d'une "manif au collège pour le climat". | | Actions sociales (ODD) | Recherche de sponsors pour un distributeur de protections périodiques, aménagement de la cour pour une meilleure égalité filles-garçons, collecte pour le Secours populaire. |
Dépasser la "Vitrine Verte"
Eveline Bois souligne le risque que les projets ne soient qu'une "vitrine verte". Le passage à une transformation durable dépend de plusieurs facteurs :
1. La qualité de l'accompagnement : Un bon accompagnement permet de dépasser les actions de surface pour s'attaquer à des projets de plus grande ampleur.
2. L'élargissement des thématiques : L'engagement va au-delà de l'écologie stricte pour inclure les 17 ODD, comme le bien-être animal ou l'égalité des genres.
Sandrine Aoussour cite l'exemple d'un projet de réaménagement de la cour initié par les filles pour contrer l'occupation de l'espace par les garçons.
3. Le frottement au réel : Les projets ambitieux confrontent les élèves aux réalités du monde adulte : recherche de financements (devis, sponsors), complexité des règles (mobilier urbain), et temporalité administrative.
4. Obstacles et Limites à l'Action
L'engagement des éco-délégués se heurte à des difficultés systémiques et culturelles.
• Le Temps et l'Argent :
◦ Le "temps des adultes" : Les élèves découvrent la lenteur des processus de décision et de mise en œuvre, ce qui peut être une source de frustration.
◦ Le financement : La recherche de fonds est un obstacle majeur. Les élèves réalisent que les projets ont un coût élevé (ex : "un banc ça coûte extrêmement cher").
◦ L'emploi du temps : Il n'y a pas de temps institutionnel dédié. Les réunions ont lieu sur la pause méridienne, après les cours ou, plus rarement, sur le temps de classe, ce qui pose des questions d'organisation et d'équité.
• Les Freins Institutionnels et Sociaux :
◦ La gouvernance : Le soutien de la direction est crucial mais fluctuant. Sandrine Aoussour parle de "montagnes russes" selon les équipes de direction en place.
◦ Le manque de reconnaissance : Les éco-délégués peuvent souffrir d'un manque de reconnaissance de la part de leurs camarades ("vous servez à quoi, il y a déjà les délégués").
◦ La valorisation : La question de la valorisation de leur engagement (par exemple, sur le dossier scolaire) reste à creuser pour éviter le désengagement.
5. Le "Pouvoir d'Agir" : Impacts et Bénéfices
Malgré les obstacles, le dispositif, lorsqu'il fonctionne bien, a un impact profondément positif sur tous les acteurs.
• Pour les élèves :
◦ Développement personnel : Gain de confiance en soi, joie de partager et de réaliser des projets collectifs.
◦ Développement de compétences : Prise de parole en public, gestion de projet, argumentation, etc. ◦ Développement citoyen : Le dispositif est un apprentissage concret de la citoyenneté. Certains élèves poursuivent leur engagement en dehors du collège (ex: au Secours populaire).
◦ Sentiment d'empowerment : "Les jeunes interrogés qui se sentent libres et à qui on fait confiance entretiennent un fort sentiment du pouvoir agir" (Eveline Bois).
• Pour les enseignants et l'établissement :
◦ Épanouissement professionnel : Les référents parlent de "joie" et de "contact privilégié" avec les élèves.
◦ Transformation des pratiques : L'engagement en tant que référent modifie le regard des adultes sur le potentiel des élèves et peut transformer leurs pratiques de classe.
◦ Dynamique collective : Un projet réussi peut rayonner et impliquer toute la communauté éducative (gestionnaires, direction, agents), devenant un véritable projet d'établissement.
Concepts Clés et Inspirations
• De la responsabilité de surface à la responsabilité intégrale : Eveline Bois cite la chercheuse Luce Sauvé pour distinguer deux approches de l'écocitoyenneté :
1. Responsabilité de surface : Limitée aux "bons gestes" et à une vision normative (écocivisme).
2. Responsabilité intégrale : Implique une "réflexion critique, un pouvoir d'agir et la participation à la vie démocratique".
L'objectif est de tendre vers cette seconde approche.
• Le bonheur comme projet collectif : Sandrine Aoussour s'inspire d'un rapport de l'UNESCO pour souligner que le bonheur à l'école est un projet communautaire.
La "joie de se découvrir capable d'être au service d'un collectif" est un levier d'apprentissage puissant.
• L'empouvoirement : Ce néologisme résume l'objectif final du dispositif : donner réellement du pouvoir aux élèves et aux enseignants pour qu'ils deviennent les moteurs du changement.