Briefing : Comprendre et Accompagner les Troubles Dys et le TDAH à l'École
Résumé Exécutif
Ce document de synthèse analyse les troubles neurodéveloppementaux — spécifiquement le Trouble Développemental de la Coordination (TDC ou dyspraxie), les dyscalculies et le Trouble du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) — et présente des stratégies d'accompagnement en milieu scolaire.
Les points critiques à retenir sont les suivants :
1. Nature des Troubles : Ces troubles ne sont ni le fruit d'une paresse, ni d'un manque d'intelligence, mais des conditions neurodéveloppementales qui affectent la manière dont le cerveau traite l'information, automatise les compétences et régule le comportement.
2. Impact Global : L'impact de ces troubles dépasse largement le cadre académique.
Ils affectent la vie quotidienne, sociale et familiale de l'enfant, générant fatigue, anxiété et une estime de soi fragile dès le plus jeune âge.
3. Dyspraxie (TDC) : Le Coût de la Double Tâche : La dyspraxie est un trouble de l'automatisation du geste.
Chaque action, notamment l'écriture, requiert un contrôle attentionnel intense et coûteux, plaçant l'enfant en situation de double tâche permanente.
La dysgraphie en est une conséquence directe et handicapante.
4. Dyscalculies : Un Trouble Pluriel : Il n'existe pas une mais des dyscalculies (spatiale, linguistique, dysexécutive, etc.), chacune liée à des mécanismes cognitifs distincts.
Le lien fondamental entre la représentation des nombres et l'espace est une clé de compréhension majeure. Un diagnostic précis est essentiel pour une remédiation ciblée.
5. TDAH : Un Trouble de la Régulation : Le TDAH n'est pas un déficit d'attention mais un trouble de la régulation de l'attention, du comportement et des émotions.
Il est sous-tendu par des difficultés au niveau des fonctions exécutives (inhibition, flexibilité, mémoire de travail).
6. Stratégies et Posture Pédagogique : L'accompagnement efficace repose sur des aménagements pédagogiques qui contournent la difficulté (privilégier l'oral, fournir des supports adaptés, utiliser des outils numériques) et sur une posture bienveillante.
Le rôle de l'enseignant est celui d'un observateur expert des manifestations du handicap, dont l'objectif est de valoriser les efforts, renforcer les comportements positifs et préserver à tout prix l'estime de soi de l'élève.
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1. Le Trouble Développemental de la Coordination (TDC) ou Dyspraxie
Présenté par Emmanuel Ploie-Maës, psychologue clinicienne spécialisée en neuropsychologie, le TDC, ou dyspraxie, est un trouble moteur qui affecte profondément le parcours de l'enfant.
1.1. Définition et Mécanismes Cognitifs
Le geste est défini comme un "ensemble intentionnel de mouvements coordonnés dans le temps et dans l'espace en vue de réaliser une action finalisée".
Chez un individu neurotypique, la planification et la programmation motrice d'un geste sont des processus non conscients et automatisés, ne nécessitant que peu de ressources cognitives.
Chez l'enfant dyspraxique, cette automatisation ne se fait pas. Le TDC est un "trouble spécifique de la programmation et de la réalisation des gestes complexes".
En conséquence :
• Le geste reste sous contrôle attentionnel : Chaque action, même simple, est laborieuse et fatigante.
• L'enfant est en situation de double tâche permanente : Il doit allouer une part considérable de ses ressources cognitives à la réalisation du geste, ce qui laisse très peu de ressources disponibles pour les tâches de plus haut niveau.
◦ Exemple : Un élève de CE2 avec une écriture automatisée utilise peu de ressources pour tracer les lettres et peut se concentrer sur l'orthographe.
L'élève dyspraxique utilise l'essentiel de ses ressources pour former les lettres, ce qui entraîne des erreurs orthographiques non pas par méconnaissance, mais par manque de ressources attentionnelles disponibles.
Une étude menée à l'hôpital Robert Debré a mis en évidence deux grands types de dyspraxie :
• Dyspraxie avec troubles gestuels purs.
• Dyspraxie mixte (gestuelle et visuospatiale), qui associe aux troubles du geste des difficultés dans les traitements visuospatiaux.
1.2. Manifestations et Impacts
Le TDC a des conséquences sévères sur l'ensemble du développement de l'enfant, car "l'enfant qui est en difficulté dans le développement de ses gestes, il est en difficulté dans sa vie tout le temps, dès le moment où il émet un pied sur le sol jusqu'au moment où il s'endort le soir".
| Domaine d'Impact | Manifestations Concrètes |
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| Parcours Scolaire | Dysgraphie sévère (cahiers "sales et brouillons", lenteur, fatigabilité), difficultés en géométrie, en arts plastiques, manipulation des outils (règle, compas). Les écrits sont souvent inutilisables pour l'apprentissage. |
| Vie Quotidienne | Difficultés pour s'habiller (boutons, lacets), manger proprement, utiliser des couverts. Lenteur pour se préparer, ce qui peut entraîner des moqueries. |
| Vie Sociale & Loisirs | Difficultés dans les jeux de construction, les sports collectifs. L'enfant peut être mis à l'écart ou être le "dernier choisi" dans les équipes. |
| Développement Global | Atteinte de l'estime de soi très précoce (dès la maternelle), anxiété, troubles du sommeil, de l'alimentation. L'enfant a souvent conscience de ses difficultés, ce qui accroît sa souffrance. |
1.3. Processus Diagnostique et Outils
Le diagnostic doit être posé par un médecin spécialiste suite à une synthèse complète incluant :
• L'anamnèse (parole des parents).
• Les observations de l'école (cahiers, bulletins, écrits des enseignants).
• Un bilan neuropsychologique (souvent basé sur le WISC-5, qui révèle un profil caractéristique avec de bonnes capacités verbales contrastant avec des difficultés graphiques et visuospatiales).
• Des bilans complémentaires (ergothérapie, psychomotricité).
Un outil simple, le questionnaire DCDQ-F, est accessible en ligne et peut être proposé par les équipes pédagogiques aux familles pour amorcer un dialogue et orienter vers une consultation spécialisée en cas de forte probabilité de TDC.
1.4. Stratégies d'Aménagement Pédagogique
L'objectif est de contourner la difficulté pour atteindre le même but par un autre chemin.
Principes Généraux :
• Privilégier le canal auditivo-verbal : Utiliser l'oral pour l'apprentissage et la restitution des connaissances.
• Soulager de la tâche graphique : Limiter drastiquement la copie. Le geste graphomoteur n'est pas un outil d'apprentissage pour ces enfants.
• Adapter les supports : Utiliser des polices de caractères lisibles (Arial, Verdana), agrandir les interlignes, aérer la présentation, isoler les exercices sur la page.
• Tenir compte de la lenteur : Alléger la quantité de travail (supprimer des exercices) ou accorder du temps supplémentaire.
• Valoriser les efforts : Faire preuve d'indulgence sur la présentation et la propreté.
Adaptations par Niveau et Matière :
• Cycle 2 (CP-CE1) :
◦ Lecture/Écriture : Épeler oralement les mots pour en apprendre l'orthographe plutôt que de les copier. Utiliser des lignages adaptés (type Gurvan).
◦ Mathématiques :
Éviter le comptage sur les doigts. Privilégier la manipulation où l'objet compté est déplacé ou barré.
Utiliser des gabarits pour poser les opérations.
Expliciter verbalement les symboles (< devient "plus petit que").
• Cycles 3 et 4 (Primaire et Collège) :
◦ Toutes matières : Fournir des supports de cours de qualité (photocopies, fichiers numériques sur l'ENT). Autoriser l'enregistrement audio des cours. Utiliser des surligneurs plutôt que de souligner à la règle.
◦ Outils Numériques : L'ordinateur ou la tablette (plus pratique pour photographier le tableau) devient un outil de compensation indispensable, avec des logiciels de correction orthographique et des outils comme le ruban du Cartable Fantastique.
◦ Mathématiques/Géométrie : Autoriser la calculatrice. Utiliser des logiciels comme GeoGebra. Faire tracer les figures par l'AESH ou un pair. Évaluer la connaissance des propriétés des figures à l'oral.
◦ EPS : Proposer des rôles alternatifs (capitaine d'équipe, arbitre, organisateur) et évaluer la progression personnelle plutôt que la performance brute.
Rôle de l'AESH : L'AESH est un soutien essentiel dont le rôle est de préparer les supports, lire les consignes, encourager la participation orale et manipuler les outils, mais non de "faire à la place" de l'élève.
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2. Les Dyscalculies : Un Trouble Pluriel
Présentées par Michel Mazaux, les dyscalculies sont un ensemble hétérogène de troubles spécifiques du calcul et du traitement des nombres.
2.1. Le Lien Fondamental entre Nombre et Espace
Le cerveau traite les nombres en s'appuyant massivement sur des représentations spatiales.
Les régions cérébrales dédiées au nombre et à l'espace sont étroitement intriquées.
• La Ligne Numérique Mentale : Nous organisons inconsciemment les nombres sur une ligne mentale, où les petits nombres sont à gauche et les grands à droite.
Le calcul mental s'apparente à un déplacement sur cette ligne. Cette représentation se développe avec la scolarisation, passant d'une échelle "tassée" (logarithmique) à une échelle régulière (linéaire) pour les nombres maîtrisés.
• Procédures Visuospatiales : Le dénombrement (compter des objets) et l'écriture des nombres (système positionnel) sont des activités intrinsèquement visuospatiales.
2.2. Les Différents Types de Dyscalculie
Il est crucial de distinguer plusieurs types de dyscalculies, car elles n'ont pas la même origine et ne se traitent pas de la même manière.
1. Le Trouble du Sens du Nombre : Atteinte du "petit réseau de neurones" inné dédié au traitement de la numérosité. L'enfant a du mal à estimer des quantités et à comprendre l'ordre de grandeur.
2. La Dyscalculie Spatiale : Souvent associée au TDC avec troubles visuospatiaux. L'enfant a des difficultés avec le dénombrement, l'alignement des chiffres dans les opérations et la compréhension du système positionnel.
3. La Dyscalculie Linguistique : Associée à un Trouble du Développement du Langage Oral (TDLO/dysphasie).
La difficulté réside dans la maîtrise de la suite verbale des mots-nombres et le transcodage (passage de l'oral à l'écrit, ex: "soixante-dix-sept").
4. La Dyscalculie Dysexécutive ou Attentionnelle : Associée à un TDAH.
L'enfant fait des erreurs dues à un manque d'inhibition (une routine additive s'immisce dans une multiplication), une mauvaise planification des étapes ou des oublis (retenues).
Il est essentiel de différencier ces troubles "dys" des troubles logico-mathématiques, qui relèvent d'une intelligence logique plus faible et s'apparentent à une déficience intellectuelle légère, et non à un trouble neurodéveloppemental spécifique.
2.3. De la Difficulté au Trouble : Le Modèle de la Réponse à l'Intervention (RAI)
Pour distinguer un élève en difficulté d'un élève présentant un trouble, une approche en trois niveaux est préconisée :
• Niveau 1 : Un enseignement explicite et validé (ex: méthode de Singapour) pour toute la classe.
• Niveau 2 : Pour les 15-20% d'élèves qui ne progressent pas assez, un renforcement pédagogique en petits groupes (plus de temps, plus de manipulations, plus d'exercices) pendant 3-4 mois.
• Niveau 3 : Si 5-8% des élèves sont toujours en grande difficulté malgré ce renforcement, un bilan complet (psychologique, neuropsychologique, orthophonique) est nécessaire pour poser un diagnostic de dyscalculie.
2.4. L'Importance du Diagnostic Différentiel
Savoir de quel type de dyscalculie souffre un enfant est fondamental car les pistes de remédiation seront différentes.
Par exemple, un enfant avec une dyscalculie spatiale bénéficiera d'aides visuelles et de gabarits, tandis qu'un enfant avec une dyscalculie linguistique nécessitera un travail intensif sur le langage mathématique oral.
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3. Les Fonctions Exécutives et le Trouble du Déficit de l'Attention (TDAH)
Présenté par Jessica Sav-Pebos, neuropsychologue, le TDAH est un trouble de l'autorégulation dont les racines se trouvent dans le fonctionnement des fonctions exécutives.
3.1. Les Fonctions Exécutives : Le "Chef d'Orchestre" du Cerveau
Les fonctions exécutives sont les processus de haut niveau qui nous permettent de réguler nos pensées, nos émotions et nos comportements pour atteindre un but. Elles sont essentielles à l'organisation, la planification et l'adaptation. Les principales sont :
• L'Initiation : La capacité à démarrer une tâche.
• La Planification : L'organisation des étapes pour atteindre un but.
• L'Inhibition : La capacité à freiner les impulsions et à résister aux distractions.
• La Flexibilité Mentale : La capacité à changer de stratégie, à s'adapter à l'imprévu et à voir les choses sous un autre angle.
• La Mémoire de Travail : La capacité à maintenir et manipuler plusieurs informations en tête simultanément.
• La Régulation Émotionnelle : La gestion de l'intensité et de l'expression des émotions.
3.2. Le TDAH : Un Trouble de la Régulation
Le TDAH n'est pas un "déficit" d'attention, mais une incapacité à la réguler efficacement.
L'enfant a du mal à la diriger et à la maintenir sur une cible non stimulante. On distingue trois formes cliniques (DSM-5) : inattentive, hyperactive-impulsive, et mixte.
Le diagnostic, posé par un médecin, est libérateur car il remplace des étiquettes négatives ("paresseux", "dans la lune") par une explication neurobiologique.
3.3. Les Trois Axes de la Dysrégulation dans le TDAH
1. La Dysrégulation Attentionnelle :
◦ Procrastination : Difficulté extrême à initier une tâche, non par manque de motivation mais par un fonctionnement cérébral atypique. Il faut "activer le corps pour que le cerveau suive".
◦ Distractibilité : Manque d'inhibition face aux distractions internes (pensées) et externes (bruits).
◦ Mémoire de travail "passoire" : Difficulté à retenir des consignes multiples, d'où l'importance de décomposer les tâches et d'utiliser des aides visuelles (post-it, schémas).
2. La Dysrégulation Comportementale :
◦ Impulsivité : L'enfant agit sans réfléchir aux conséquences car le "frein" (inhibition) est défaillant. Il connaît la règle mais ne parvient pas à l'appliquer au bon moment.
◦ Rigidité : Le manque de flexibilité mentale peut entraîner des réactions explosives face aux imprévus ou aux changements, car l'enfant ne parvient pas à ajuster son "plan A".
3. La Dysrégulation Émotionnelle :
◦ Hypersensibilité : Les émotions sont vécues avec une grande intensité et peuvent "pirater" toute l'attention disponible.
◦ Fenêtre de disponibilité étroite : L'enfant passe très rapidement de l'ennui (si la tâche n'est pas assez stimulante) à la surcharge (si la tâche est trop complexe), ce qui le fait sortir de sa zone d'apprentissage optimal.
3.4. Pistes d'Intervention et Posture de l'Enseignant
• Renforcer plutôt que punir : La posture la plus efficace est de "prêter attention à ce qu'on veut voir davantage". Il faut systématiquement relever et verbaliser les efforts et les comportements positifs, même minimes.
• Structurer l'environnement : Aider l'enfant à organiser son temps, son matériel et ses tâches en apportant des aides externes (minuteurs, plannings visuels, consignes décomposées).
• Respecter la neurodiversité : Comprendre que le système nerveux d'un enfant hyperactif a besoin de se décharger avant de pouvoir se calmer.
Proposer des pauses motrices (pousser un mur, s'étirer) est plus efficace que d'imposer une relaxation.
• Être un "détective" : Le rôle de l'enseignant n'est pas de diagnostiquer, mais d'observer précisément le retentissement fonctionnel du trouble ("le handicap") en classe.
Ces observations concrètes sont extrêmement précieuses pour l'ensemble de l'équipe d'accompagnement.