Pilotage et Coordination : Le Rôle du Chef d’Établissement entre Service Public et Management
Synthèse
Le rôle du chef d’établissement au sein de l’Éducation nationale fait l'objet d'un débat croissant : doit-il être un coordinateur ou un « Président-Directeur Général » (PDG) ?
Bien que de plus en plus sollicités pour des responsabilités managériales, les chefs d’établissement évoluent dans un cadre de service public où la rentabilité financière est absente, privilégiant l'intérêt général et la réussite des élèves.
Leurs missions, définies par des textes réglementaires (Bulletin Officiel de 2014, guide juridique de 2009), oscillent entre responsabilités pédagogiques, administratives et sociales.
Malgré une tendance à l'autonomie et des expérimentations récentes sur le recrutement des équipes, le chef d'établissement reste un pilote humain dont l'action est limitée par une hiérarchie contraignante et une gestion collégiale.
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Le Cadre Institutionnel et les Missions du Chef d'Établissement
L’école française est avant tout un service public régi par des principes fondamentaux : gratuité, laïcité et obligation. Ce service se décline en plusieurs types d'établissements qui influencent le rôle de la direction :
• Enseignement public : Devoir de l'État à tous les degrés.
• Enseignement privé sous contrat : Soumis au contrôle de l'État, il bénéficie d'aides en contrepartie du respect des programmes et règles publiques.
Le chef d’établissement y possède une responsabilité spécifique sur le projet éducatif et pédagogique.
• Enseignement agricole : Sous la tutelle du ministère de l’Agriculture mais assimilé à l’Éducation nationale.
• Enseignement hors contrat : Entièrement privé, non associé à l'État, avec des diplômes non reconnus.
Les trois axes de mission
Selon le réseau Canopée et les textes officiels, les missions se structurent autour de trois piliers :
1. Pédagogique : Veiller à la fonction d'enseignement, bien que l'autorité directe sur les enseignants soit nuancée (le directeur d'école n'est pas le supérieur hiérarchique direct).
2. Administratif et juridique : Assurer le fonctionnement régulier, la sécurité des biens et des personnes, l'hygiène et la salubrité.
3. Social et relationnel : Piloter les relations avec les parents et les partenaires extérieurs.
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Recrutement et Profils : Une Évolution de Carrière Interne
Devenir personnel de direction est perçu comme une évolution de carrière plutôt que comme une vocation exogène.
La majorité des cadres provient des rangs de l'Éducation nationale.
Données chiffrées (Session 2021)
| Indicateur | Valeur | | --- | --- | | Inscrits au concours de personnel de direction | 3 940 | | Postes offerts (liste principale) | 560 | | Candidats venant hors Éducation nationale | 3,3 % (131 inscrits pour 6 admis) | | Origine majoritaire | Professeurs certifiés du second degré |
Il est possible d'exercer en tant que "faisant fonction" sans concours préalable, tant dans le public que dans le privé, afin de découvrir le métier avant une titularisation définitive par concours ou certification (comme le titre de dirigeant des organisations éducatives pour le privé).
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Le Chef d'Établissement : Coordinateur ou PDG ?
L'analogie avec le PDG d'entreprise est rejetée en raison de la nature même de l'institution scolaire.
• Absence de profit : Contrairement à une entreprise, l'école ne cherche pas la rentabilité financière mais l'intérêt général.
• Limites du pouvoir managérial : Le chef d'établissement ne contrôle pas les salaires et n'est pas le seul décisionnaire.
Il travaille avec une équipe de direction (adjoint, gestionnaire, CPE, chef de travaux/DDFPT).
• Pilotage vs Gestion : Le "pilotage" implique de faciliter le travail des équipes et de favoriser la cohésion humaine.
On ne traite pas des marchandises, mais des humains dans un objectif commun : la réussite de l'élève.
• La réalité humaine : Le métier exige diplomatie, empathie et écoute.
Le chef d'établissement doit naviguer entre les susceptibilités des équipes et les demandes des familles.
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Pressions et Défis Contemporains
La fonction est marquée par une charge de travail lourde et des tensions multifactorielles :
1. Pression hiérarchique et administrative : Application de consignes descendantes, gestion de la "paperasse", réunions fréquentes et pilotage par les chiffres.
2. Mise en concurrence : Le développement des options au lycée crée une forme de compétition entre établissements pour attirer les publics.
3. Souffrance au travail : Le document souligne que les personnels de direction sont aussi victimes de pressions extrêmes, citant l'exemple tragique de Christine Renon ou de chefs d'établissement sans soutien face aux difficultés locales.
L'expérimentation du recrutement (Annonces de Marseille)
L'annonce présidentielle de septembre 2021 concernant la possibilité pour les directeurs de 50 écoles de recruter leur équipe pédagogique a suscité une vive controverse :
• Craintes des enseignants : Risque de création d'équipes "homogènes et obéissantes", évitement des établissements difficiles par les candidats, et fin du système de mutation actuel.
• Arguments favorables : Opportunité de construire un projet de long terme avec des personnels engagés de plein gré.
• Contrainte pratique : Cette nouvelle responsabilité alourdirait encore la charge de travail des directeurs (entretiens, lecture de candidatures) dans un quotidien déjà saturé d'urgences.
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Conclusion
Le chef d'établissement n'est pas un PDG, car il évolue dans un écosystème où l'humain prime sur l'économique.
Son rôle est celui d'un pilote et d'un coordinateur au sein d'une communauté éducative.
Si les compétences managériales sont de plus en plus évoquées, l'essence de la fonction reste ancrée dans le service public.
La réussite du pilotage dépend de la capacité à maintenir une cohésion d'équipe malgré les pressions institutionnelles et les réformes modifiant l'équilibre de l'autorité locale.


