Compte-rendu détaillé du Séminaire International sur le Travail Collaboratif à l’École
Ce compte-rendu explore les thèmes principaux et les idées essentielles abordées lors du séminaire international sur le travail collaboratif à l’école, organisé par France Éducation Internationale (FEI).
Il met en lumière la philosophie de la co-construction, l'importance des initiatives de terrain, les défis de la généralisation des bonnes pratiques et le rôle crucial de l'inclusion et de la diversité dans l'éducation.
1. France Éducation Internationale : Un Opérateur de Coopération Éducative axé sur la Co-construction
France Éducation Internationale (FEI), anciennement CIEP, se positionne comme l'opérateur clé du Ministère de l'Éducation Nationale et de la Jeunesse pour la coopération éducative mondiale.
Sa philosophie centrale est la "co-construction", qui rejette l'exportation unilatérale du savoir-faire français au profit d'une collaboration adaptée aux contextes locaux.
- Rôle et Mission de FEI : FEI englobe diverses activités, de l'aide au développement à la mobilité (assistants de langue), en passant par la reconnaissance des diplômes et la recherche pédagogique.
- Approche Comparatiste : Le séminaire lui-même illustre cette approche, comme le souligne le représentant de FEI : « le séminaire d'aujourd'hui a été conçu dans cet esprit avec une approche volontairement comparatiste qui est celle de notre revue internationale d'éducation de Sèvres ». Cette méthode permet d'apprendre des expériences diversifiées, avec des études de cas en France (Creuse, Aube), en Inde, au Royaume-Uni et au Mexique.
- Héritage et Vision : L'ambition de FEI, héritée de la vision de Gustave Monod lors de la création du Centre International d'Études Pédagogiques en 1945, reste inchangée : « établir et maintenir des liens à l'international et bénéficier de ces échanges pour alimenter les travaux de recherche en vue de méthode plus active d'enseignement ». L'idée fondatrice est que « on travaille avec les autres on aide les autres mais les autres nous instruisent ».
2. Le Conseil National de la Refondation (CNR) – Volet Éducatif : "Notre école, faisons-la ensemble"
Le lancement du volet éducatif du CNR, baptisé "Notre école, faisons-la ensemble", représente une approche "révolutionnaire" pour le système éducatif français, historiquement très centralisé.
- Confiance aux Acteurs de Terrain : Plutôt que des injonctions verticales, la démarche repose sur la confiance accordée aux équipes pédagogiques locales. Le ministre souligne : « non par je ne sais quel injonction verticale venue du ministère mais par autant de dynamiques collective locale autour de l'école d'initiative et d'innovation portée par les équipes pédagogiques de confiance donnée aux acteurs de terrain ».
- Dynamique Collective Locale : Plus de 17 000 écoles et établissements (près d'un tiers du total) se sont engagés dans des concertations locales impliquant toutes les parties prenantes (enseignants, élèves, parents, collectivités). Cela a déjà abouti au dépôt de plus de 5 500 projets pédagogiques.
- Soutien Financier et Accompagnement : Ces projets bénéficient d'un soutien financier via le fonds d'innovation pédagogique, permettant de lever les freins liés au transport et au financement, notamment dans les zones rurales isolées. Comme l'indique l'une des présentatrices : « grâce au fond cette barrière peut être levée et là la démarche de notre école faisons là ensemble est une véritable aide à la réussite des élèves et à la lutte contre les inégalités ».
3. Études de Cas Françaises : Illustrations du Travail Collaboratif
Deux projets français, issus du CNR, sont présentés comme des exemples concrets de travail collaboratif :
- Collège de Parsac (Creuse) : Améliorer la lecture et l'orthographe
- Objectifs : Améliorer la lecture à haute voix et la fluence, ainsi que l'orthographe et l'expression écrite, de la maternelle à la troisième.
- Démarche : Né d'un diagnostic local basé sur les résultats des tests nationaux, le projet a impliqué des concertations avec les enseignants, les élèves, les parents et les collectivités locales.
- Actions : Incluent des ateliers d'écriture avec le groupe "Les Goguettes", la lecture d'albums par les élèves de 6ème aux maternelles ("Les Grands chez les Petits"), des nuits de la lecture, la rédaction d'un journal inter-degrés et un projet d'observation d'abeilles solitaires. L'élève Apolline témoigne : « J'aime lire des livres aux enfants de l'école ».
- Impact : Création d'un continuum pédagogique et interdisciplinaire, renforcement des liens entre le collège et les écoles, et une dynamique de confiance accordée au terrain.
- École Primaire de Mézières-lès-Briennes (Aube) : Parcours linguistique en allemand
- Objectif : Mettre en place un parcours linguistique cohérent en allemand dès l'école maternelle, visant le niveau A1+ à la fin du cycle 3.
- Contexte : Fortement motivé par le faible niveau en langues vivantes (notamment révélé par les tests Eva Langues) et un jumelage actif avec une ville allemande.
- Acteurs Impliqués : Enseignantes aux compétences en allemand, professeur agrégé d'allemand du collège, comité de jumelage, collectivités locales, parents d'élèves.
- Actions : Sensibilisation précoce à la diversité linguistique (dispositif Élysée), enseignement bilingue (dispositif Émile), correspondance avec une Kita allemande, mobilités d'élèves et d'enseignants, et à terme, une heure d'histoire en allemand au collège.
- Philosophie : « une approche méthodologique innovante qui va bien au-delà de l'enseignement des langues vivantes visant la citoyenneté la curiosité des élèves l'engagement de tous partenaire et acteurs l'interculturalité et la motivation ».
4. Perspectives Internationales sur le Travail Collaboratif
Les études de cas du Mexique et de l'Inde soulignent la portée universelle et l'adaptabilité du travail collaboratif.
- Mexique (Carlos Ornellas) : Le travail collaboratif est une réponse essentielle dans des contextes difficiles, marqués par la violence sociale et les inégalités. Des initiatives simples, émanant du terrain, permettent aux enfants de sortir de situations de violence et de misère. Comme le souligne M. Ornellas, cela met en évidence que « les initiatives viennent du terrain et c'est que là que c'est là que se construisent la véritable expertise ».
- Inde (Salini Borka) : Une initiative dans un État indien, mobilisant un ensemble d'acteurs éducatifs autour d'un syndicat, a permis d'inventer de nouvelles méthodes. Cela prouve qu'« un collectif qui connaît le terrain et beaucoup plus performant que toute idée qui peuvent qui peut qui peut surnager sans avoir cette connaissance fine du terrain et des ajustements nécessaires pour pour une meilleure éducation ».
5. Caractéristiques Clés du Travail Collaboratif et Conditions de Succès
Plusieurs intervenants ont identifié des principes fondamentaux pour la réussite et la généralisation du travail collaboratif :
- Intelligence Collective et Engagement : Le travail collaboratif repose sur la mobilisation de « l'intelligence collective », mutualisant les compétences des élèves, des équipes pédagogiques, et de l'environnement extérieur. Il nécessite un « engagement basé sur une motivation » (M. Ndoy).
- Dialogue Inclusif basé sur l'Évaluation : Le dialogue doit être « inclusif » et fondé sur « l'évaluation des résultats de l'apprentissage », permettant d'identifier des problèmes concrets à résoudre.
- Changement Culturel et Renouvellement des Pratiques : Le travail collaboratif bouleverse l'organisation pédagogique traditionnelle et conduit à un changement culturel chez les enseignants, les incitant à considérer que « tout enfant est éducable » (M. Ndoy) et à s'intéresser aux apprenants en difficulté.
- La Question de la "Réforme" vs. "Initiative" : Le professeur Antonio Nóvoa remet en question la pertinence du terme "réforme" au profit d'"initiative", de "partage" et de "collaboration".
Il met en garde contre les projets qui restent « une exception à la au quotidien scolaire » et ne touchent pas le « corps le centre du travail scolaire ». Il insiste sur la nécessité d'une nouvelle organisation de l'école (emploi du temps, organisation des classes, curriculums) pour que le travail soit au cœur du processus. * Optimisme et "Agir Ensemble" : La rectrice Carole Drucker Godard met en avant l'« optimisme » et l'« envie » générés par ces projets. Elle souligne que l'« agir ensemble est fédéré par des valeurs partagées » et que l'effort doit être partagé. * Les Facteurs de Réussite de la Rectrice :Communication : Essentielle pour expliquer les bienfaits des pratiques innovantes et « transmettre l'envie ». * Auto-évaluation et Rétroaction : Pour ajuster et améliorer continuellement les projets. * Formation des Enseignants : Développer la culture du travail collaboratif, notamment via des formations continues comme les "constellations". * Accompagnement des Projets : Par les chefs d'établissement et les services académiques. * Incitation à la Dynamique de Projet : Être attentif aux appels à projets pertinents. * Lien avec la Recherche : Impliquer des chercheurs pour enrichir la réflexion et l'action. * Reproductibilité vs. Reproduction (M. Ndoy) : Pour la généralisation, il ne s'agit pas de reproduire une expérience telle quelle, mais de comprendre et recréer les « facteurs qui ont conduit à la réussite » dans de nouveaux contextes. L'« analyse diagnostic » est primordiale. * Créer les Conditions de la Collaboration (M. Nóvoa) : La collaboration n'est pas automatique. Elle nécessite des « espaces ouverts », une autre « organisation des temps de l'école » et des « environnements éducatifs » qui favorisent la diversité et le travail conjoint. « Il n'y a pas d'inclusion sans diversité ». * La "Publication de l'Âme" (M. Nóvoa citant Steiner) : La communication ne se limite pas au journalisme ; il s'agit de "publier les innovations", de les partager, pour créer une "action commune".
En conclusion, le séminaire a souligné que le travail collaboratif à l'école est bien plus qu'une simple méthode pédagogique.
Il représente une transformation profonde des pratiques, des cultures et des organisations scolaires, enracinée dans la confiance envers les acteurs de terrain, la mutualisation des intelligences et un engagement commun pour la réussite et l'épanouissement de tous les élèves.
Bien que des défis subsistent, notamment la systématisation des changements, l'optimisme quant à la capacité des acteurs à innover est palpable.